Aimer son métier et refuser “J’aime ma boite…”

Temps de lecture = 3 minutes (pour le décryptage du visuel, c’est par là.)

Avec l’automne tombent les feuilles et les calamités telles “J’aime ma boîte.”

Enfin, de notre point de vue c’est une calamité. Il s’agit d’une initiative tout à fait verticale, l’idée étant, notamment, que les salariés s’affirment dans un rapport affectif avec leur entreprise (jusque là, pourquoi pas…), à la demande même…des entreprises. Et pas des plus gentilles. (TATI? Vraiment? Le LIDL du vêtement, qui a contribué activement aux délocalisations des filières vestimentaires???)

Demander à ses employé-e-s d’affirmer leur amour…

ça ne pose de souci à personne cette idée? On n’est pas loin du chantage affectif (Dis moi que tu m’aimes, sinon, je te Plan-De-Sauvegarde ton emploi). Et dans tous les cas ça ressemble fort à une manipulation tendant à renforcer unilatéralement ce lien affectif en le célébrant. Ce dernier point pose particulièrement problème. Exacerber l’attachement des gens, oui, à condition que ce soit réciproque. Sans quoi, c’est célébrer la dépendance, l’amour sans retour, la relation asymétrique.

Et dans le contexte où GM&S, GE-Hydro, Whirlpool, et même … TATI (!!!), licencient en quantité,  il est difficile d’imaginer que les grandes entreprise soient attachées à leurs salarié-e-s. (Les petites entreprises, c’est déjà autre choses.) On attend encore une opération qui s’appellerait “J’aime mes salarié-e-s.”… Dure sera la chute, le jour où votre entreprise bien aimée, vous dit d’aller voir ailleurs. Encore une injonction paradoxale bien vilaine “Soit mobile” mais “Attache-toi”.

Pour rappel, les salarié-e-s sont encore pour la plupart dans un lien de subordination et d’échange monétaire proportionné avec leur leader bien aimé…pardon, patron. Et il est relativement sain que l’on en reste là : Les liens affectifs dans les relations de travail  simplifient rarement les choses. Bref, le problème n’est pas tant d’aimer sa boîte que de demander des signes d’amour, particulièrement quand on n’est pas prêt à la réciprocité…

Derrière cette initiative, d’anciens ouvriers du Creusot.

Nan, j’déconne. ETHIC, pour Entreprises à Taille Humaine, Indépendantes et de Croissance. On pourrait passer un article entier sur la langue de bois contenue dans ce seule nom (Comment rester une entreprise à taille humaine en étant toujours en croissance, pas exemple?) Mais comme on sent surtout qu’il a été question de trouver les mots qui allaient bien avec le jeu de mot de l’acronyme, on ne s’y attardera pas. Surtout que pour la taille humaine (ça s’arrête à quelle mesure?), on repassera en regardant les quelques adhérents mis en avant.

Fondé par Yvon Gattaz, il y a une quarantaine d’année, on y organise des débats. Dernièrement avec Gérald Darmanin ou encore Valérie Pécresse, voire JCDecaux (Pas JCDecaux, il est mort. JCDecaux, son fils. Sans rire. Le fils de Jean Claude Decaux s’appelle Jean-Charles. Jusqu’au bout, corporate. Sacré JC. (Pas le Christ, Jean Claude)). On imagine donc que ce think-tank n’est guère pluraliste. Mais c’est un think-tank, on ne peur lui reprocher. En revanche, s’appeler Ethic quand on se donne pour objectif de réduire les dépenses de l’état, c’est plus que discutable…

2 figures notables de l’officine. Sophie de Menthon, présidente, une affable personne qu’on a vu écumer les plateaux télé pendant la campagne présidentielle en VRP de Macron. Et Leonidas Kalogeropoulos, dont on utilisera une citation dans la minute d’autodéfense intellectuelle de lundi prochain. C’était en janvier 2015. Moins d’une semaine après les attentats, il tentait une hallucinante récupération de ceux-ci pour dire que c’était une raison de passer la loi Macron…

Opération “J’aime ma boîte”, non merci.

Dans le prochain post, on fera le décryptage des éléments symboliques du visuel choisi pour cette année pour “J’aime ma boîte”. Les idées véhiculées semblent tout droit sorties du pire des années 80…Impressionnant.

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