Grandéba : Tous les liens vers les audio et les textes.

Introduction : Du grand débat national au Grandéba.

Textes et sources : https://phloem.fr/?p=2879

1ere partie : « Les différentes niveaux de participation en démocratie OU Pourquoi on ne peut pas dire honnêtement que le Grand Débat est une concertation. »

Textes et sources : https://phloem.fr/?p=2869

2e partie : Biais… Des questionnaires qui interrogent moins qu’ils ne disent comment penser.

Textes et sources : https://phloem.fr/?p=2868

3ere partie : Une stratégie peut en cacher une autre…et beaucoup d’ennuis.

Textes et sources : https://phloem.fr/?p=2887

Conclusion – Résumé : « Ali Débat et les CAC40 Voleurs. »

Textes et sources : https://phloem.fr/?p=2894

Le Grandéba : Conclusion – Résumé « Ali Débat et les CAC40 Voleurs. »

Lire, écouter ou télécharger la partie précédente.

Ce Grandéba n’a pas les caractéristiques de l’ambitieuse opération de démocratie participative qu’il dit être. Il a même les caractéristiques du contraire. Ce qui est un peu triste car avec les moyens dont dispose l’État, on aurait pu imaginer, des choses avec, peut-être, moins ambitions affichées mais mieux faîtes. Avec une meilleure préparation et quelques concessions de la part du pouvoir. Cela n’aurait pas eu le même clinquant, ni la même urgence mais cela aurait été une vraie réponse, par l’expérience à la demande de démocratie des Gilets Jaunes.

A la place, nous avons une opération de com’, de fabrication du consentement, de pédagogie, servie par des questionnaires qui ne respectent aucun des standards de qualité minimum des sondages, voire qui vont même à l’opposé, naviguant entre sophismes, biais et manipulation.

Une opération qui est, encore une fois, un moyen de mettre le couvercle sur les contestations plutôt que de les écouter vraiment.

Une opération qui risque bien de se retourner contre ses instigateurs, en terme d’image, de finances, de pouvoir. Car, si on peut imaginer qu’avec les moyens dont dispose l’État, on aurait pu mieux faire les choses, on aurait au minimum, pu espérer que ces moyens ne soient pas détournés.

Reprenez du pop-corn, après le Benallagate, le GranDébaGate risque d’être au moins, aussi palpitant… Ou navrant.

Vivement la #6e République…

Le Grandéba (3ere partie) : Une stratégie peut en cacher une autre…et beaucoup d’ennuis.

Lire ou écouter ou télécharger la deuxième partie de cet article.

Je vous en parlais en introduction, ne sous-estimez pas la capacité d’Emmanuel Macron à utiliser de manière excellente la machine à fabriquer le consentement. C’est en mettant en œuvre cette excellence qu’il a été élu.

En organisant ce débat, il conçoit un dispositif multiforme et multi-objectifs.

 

Premier objectif : Répondre à la mobilisation des Gilets Jaunes.

Cette réponse ne peut pas être ordinaire parce qu’on en est arrivé au point où la moindre prise de parole venait rajouter de l’huile sur le feu ou être invalidée du seul fait qu’elle soit émise par un représentant de la Macronie. Cette approche ordinaire, c’est celle qui a été tentée après l’approche par indifférence pure et simple. Sans succès.

Avec le dispositif Grandéba, Macron change de tactique. Comment faire en sorte de sortir d’un blocage, de donner l’impression qu’on est à l’écoute tout en pesant de tout son poids pour continuer sur la voie qui nous arrange ? La réponse est un outil utilisé très régulièrement dans la pub, qui s’utilise à chaque séance de psychothérapie : La question. Et notamment la question inductive.

La question est activatrice. Elle est beaucoup plus efficace pour faire bouger quelqu’un que de poser une affirmation qui va immédiatement stimuler des défenses caractérielles.

Exemple : « Rapidement : combien font 2 et 2 ? »… Vous avez probablement répondu 4. Ou si vous êtes un brin contrariant, il paraît qu’il y en a des comme ça dans les personnes qui m’écoutent, 3 ,6, 12… Mais vous ne vous êtes probablement pas interrogé sur la pertinence de la question en elle-même…

« Pourquoi se demander combien font 2 et 2 » est une réponse beaucoup moins intuitive. Ou encore « Je préfère parler de grammaire » en justifiant cette réponse par des argument pertinents, n’est pas facile.

La question provoque une mise en mouvement. Et si on la pose sur le bon thème, elle pousse l’interlocuteur à se balader sur le terrain qu’on veut. On y reviendra.

Et si, en plus de la poser sur le bon thème, on la pose de la bonne manière, on pousse même les gens à exprimer et à construire leur avis dans le sens qu’on désire, ça c’était la partie 2.

Le Grandéba est une opération de déblocage.

Une opération qui, de plus, est conçue pour être médiatiquement, à la hauteur de la médiatisation des gilets-jaunes.

En effet, jusqu’ici, les gilets jaunes feuilletonnent, les noms des épisodes des mobilisations Actes 1, 2, 3…10, 11 viennent consacrer cela. Feuilletonner, cela permet de surpasser les éventuels coup de com’ et harengs-fumés qui pourraient être mis au travers de la route, et qui n’ont pas manqué d’arriver, pour détourner l’attention des media.

C’est aussi une manière de se mobiliser, qui tient du piège abscons et qui, donc maintien les gens dans la rue. Pour les harengs fumés comme pour le piège abscons, je vous renvois aux minutes d‘autodéfense intellectuelle n°20 et 23 .Vous comprendrez l’intérêt d’éviter les uns et de s’enferrer dans l’autre pour mener une mobilisation durable.

Pour l’instant, vous pouvez retenir qu’en proposant un dispositif réparti sur plusieurs semaines consécutives, Emmanuel Macron reprend le même modèle.

Il donne aux media, et notamment aux chaînes d’information en continue, un point de focalisation à la hauteur des manifestations des Gilets Jaunes, à la fois par le rythme soutenu des interventions, et par leur durée. Il occupe la journée complète, puis la semaine complète, puis possiblement le mois, puis le trimestre.

En somme, il détourne l’oxygène médiatique des gilets jaunes vers lui-même par une autre proposition médiatiquement comparable, dont l’efficacité de départ tient au fait qu’il est Président de la république. On n’aurait vraiment pas eu cet effet s’il avait envoyé seulement des ministres ou des secrétaire d’état, d’autant qu’il a tout particulièrement fait en sorte jusque là, que le pouvoir soit incarné par lui-même.

Mais une fois lancé, la séquence médiatique pourra être entretenue à moindre frais, par petits coups de comm’, tweets et indignations diverses, comme par exemple cette histoire d’émission conjointe entre Hanouna et Schiappa. Où on aura l’annonce, la réaction populaire, la défense, la réaction à la défense, la défense à la réaction de la défense, #Galiléé.

C’est quasiment la fonction des Marlène Schiappa ou des Aurore-Gabriel Bergé-Attal.

Et dans une économie des media qui tient massivement au buzz sur des petites phrases, ils ne voudraient pas le faire que ça se produirait quand même. Avec le même effet : Pendant ce temps là, on parle nettement moins des Gilets Jaunes.

Première fonction.

 

2e fonction : Il redynamise sa base et s’occupe des élus locaux, particulièrement des maires.

Car on est dans le temps des municipales…  La plupart d’entre nous ne l’ont pas en tête mais en coulisse c’est déjà le grand ramdam pour 2020. Et oui, officiellement, le temps de campagne commence en novembre prochain, autant vous dire que ceux et celles qui n’auront pas avancé leurs pions dans les 6 prochains mois resteront chez eux, sauf coup de chance.

Et après les parachutages des législatives et les désillusions d’un fonctionnement pas participatif du tout, Macron doit impérativement aller remobiliser les troupes et recruter, notamment parmi les élus sortants, qui pourraient ne pas être très enthousiastes à rejoindre un mouvement antipathique.

C’est qu’à force de crever les yeux des manifestants, tout de suite, on a l’air moins gentils, bienveillants, constructifs…

Et attention, ne pas se laisser aller à imaginer que les côtes de popularité au plus bas sont un gros problème. Dans cette opération, comme dans toute opération électorale, nul besoin de convaincre tout le monde. Macron le sait tout à fait. Comme pour la présidentielle, il faut juste convaincre les quelques pourcents de personnes qui feront la différence. Et dans le cas présent ramener les brebis égarées qui, il y a quelques mois, n’aurait pas hésité à vendre leur âme pour une place dans l’organigramme de LREM.

 

Enfin, 3e fonction : Emmanuel Macron mène campagne pour les européennes qui auront lieu en mai.

Quand on regarde les thèmes proposés pour le Grandéba, on se rend compte qu’ils recouvrent à peu près ceux portés dans le clip anti-abstention lancé par le gouvernement, il y a quelques mois. Clip qu’on pouvait déjà taxer de partialité parce qu’au delà de l’abstention, il utilisait les moyens de l’État pour pousser dans l’espace médiatique les thèmes voulus par La République En Marche : l’immigration, la peur pour la démocratie, l’emploi.

Et en organisant une tournée de meetings pour Emmanuel Macron, son entourage met en avant le, quasiment seul et unique, atout de popularité de LREM, ils mettent en scène les thèmes politiques de LREM, ils les expliquent, font de la pédagogie, cultive leur image en important des méthodes courantes de l’entreprise, post-it, feutre et paperboard, bref ils font campagne. Et quand bien même ce ne serait pas leur objectif, encore une fois, c’est l’effet.

Et, contrairement à ce qu’on peut immédiatement penser, ce coup là est très TRES mal joué.

Car LREM s’expose à voir les dépenses liées à cette opération réintégrées dans les comptes de campagne.

Comme c’était arrivé à Nicolas Sarkozy en 2012.

Flashback : Alors en déplacement officiel à Toulon en journée, le président, endossait le soir le costume du candidat à sa propre succession, et avait tenu un meeting. Ses équipes avaient alors considéré que 30 % des coûts du déplacement étaient affectés au compte de campagne. Les 70 % restant étant payés par l’État.

Mais la Commission Nationale des compte de campagne considéra que les proportions étaient à l’opposé. La prise en compte de 70 % de la somme au lieu de 30, eu pour effet d’exploser le plafond légal de financement. Et d’entraîner le rejet du compte, 300 000 € d’amende, le non remboursement par l’État de 11 millions d’euros de frais de campagne, avec, à la clef, des semaines d’appel à la charité de la part du parti de droite, rappelez-vous.

Vues les dépenses imaginables pour le Grandéba et la hauteur du plafond de financement de campagne pour les européennes, Emmanuel Macron s’expose au même type de mésaventures…

Et autre problème considérable, c’est que son entourage, désormais, ce sont des gens qui travaillent pour l’État. De ce qu’on en sait aujourd’hui, ces meetings sont organisés au frais des contribuables. Et si on ne les compte pas d’emblée dans les frais de campagne, il n’est pas déraisonnable de les considérer alors comme un don de l’État à la campagne de LREM.

Or les lois de 1988, de 1990 qui ont organisé le financement public de la vie politique ; les jurisprudences qui on suivi; interdisent à toute personne morale de financer des actions de campagne. Et l’État est une personne morale et pas des moindres… Ce qui a un impact majeur sur la régularité juridique des élections européennes.

Je ne vais pas aller plus loin. Pour plus de détails, je vous renvoie à l’article l’avocat Régis De Castelnau sur son blog « Vu du droit ».

Mais dans une approche stratégique, ce 3e coup, s’il paraît très fin dans un premier temps, pourrait être très mal calculé car il ouvre la voie à des poursuites pénales, avec à la clef, des condamnations conséquentes, notamment pour l’entourage du président. Car si celui-ci peut se cacher derrière son immunité, ce n’est pas le cas de toutes les personnes ayant contribué à réalisé ces directives qui semblent illégales.

Et c’est sans parler des recours en annulation des européennes, que tout électeur pourra déposer auprès du Conseil d’État dès juin prochain.

Autant dire que du point de vue stratégique, l’opération Grandéba est surtout un grand coup de poker qui peut rapporter gros à la Macronie à courte échéance, en terme de paix sociales, voire de popularité, auprès de ses anciens déçus et leaders locaux d’opinion. Mais qui peut, à l’inverse lui coûter très cher sur le plan judiciaire et financier. Encore faut-il qu’elle considère que ce soit vraiment un problème…

(Revenez bientôt, il y aura un l=joli résumé en guise de conclusion de cette série d’articles! 🙂

Le Grandéba (2e partie) : Biais… Des questionnaires qui interrogent moins qu’ils ne disent comment penser.

Lire ou écouter ou télécharger la première partie  de cet article.

Le Grandéba est soi-disant une consultation, sans avoir les caractéristiques qui permettraient complètement de le dire, comme on l’a vu dans la première partie.

Mais s’affirmant comme tel, on peut lire les questionnaires mis à disposition dans ce cadre.

Et à la lumière de ce qu’on sait des biais pouvant se produire dans les consultations en générale, dont l’exemple type est le sondage, nous allons voir que ces questionnaires sont susceptibles de produire certaines réponses plutôt que d’autres, de déclencher certains effets. Et donc, de donner une image de la réalité qui ne corresponde pas à celle-ci.

Commençons par les biais sondagiers, c’est à dire les biais liés au fait qu’on soit dans un questionnaire et que les modalités de ce questionnaire peuvent influencer les réponses.

Tout d’abord, le biais d’échantillonnage :

Lors de l’élection présidentielle américaine de 1936, la revue Literary Digest procède, à partir de l’annuaire téléphonique à un « vote de paille », auprès de 10 millions de personnes. Il leur demande de se prononcer en avance pour leur candidat favori: Roosevelt, le candidat de gauche, est donné perdant.

Mais cette méthode qu’on estimait fiable en raison de la taille de l’échantillon, des millions de personnes, se trompe lourdement : Roosevelt obtiendra 62 % des voix.

Au contraire, l’institut Gallup, à partir d’un échantillon beaucoup plus petit mais dit représentatif, c’est à dire respectant la composition sociologique de la société prédit l’élection de Roosevelt. C’est le début de la méthode des quotas dans les sondages.

La méthode du Literary Digest a souffert d’un biais échantillonnage. En 1936, avoir le téléphone est le signe d’une certaine aisance financière et piocher des noms dans l’annuaire plutôt que sur les listes électorales, c’est sur-selectionner des gens de droite. L’annuaire n’est pas représentatif de la société.

Et, de nos jours, Twitter non plus, donc les mentions du type « RT pour plus de représentativité » après une question posée -bonjour le paradoxe- à ses propres followers, est inepte.

Le Grand Débat va rencontrer le même problème. Je le disais en première partie, ce questionnaire ce sont 4 listes de questions, 84 questions au total, auxquelles répondre par écrit ou en ligne.

En lançant une pétition dans mon quartier, je me suis rendu compte qu’une personne sur 10 à une personne sur 15 avait du mal à la lire ou à y écrire son nom. Ça m’a frappé… Et je suis allé voir les chiffres, et en fait c’est représentatif de la situation en France. 7 % de la population adulte âgée de 18 à 65 ans ayant été scolarisée en France est en situation d’illettrisme, soit 2,5 millions de personnes en France Métropolitaine.

Mais avant de les lire ou d’écrire dessus, ces questionnaires, il faudrait y avoir accédé. On estime à 13 millions, donc une personne sur 5, le nombre de personnes éloignées du numérique, dont 6,7 millions ne se connectent jamais à internet. 1 personne sur 10. Parmi elles, les non-diplômés, les personnes âgées, les détenus, les sans-abri, les personnes en zones rurales sont sur-représentées.

Outre que cela donne à réfléchir sur la dématérialisation des démarches administrative qui nous est présentée comme une solution merveilleuse, cela indique aussi que, par sa simple modalité, Emmanuel Macron biaise l’échantillon de sa consultation. Quand bien même il attire l’attention sur le fait qu’il faut y prendre garde, il affaiblit d’emblée la représentation de certaines catégories de personnes dans la consultation. Catégories qui, à l’inverse, me semblent tout à fait représentées dans les mouvements sociaux actuels…

Quant aux autres modalités d’expression, cahier de doléance en mairie, prise de parole dans des réunions publiques, on pourrait leur faire le même type de reproches tant elles demandent d’avoir des moyens et dispositions d’esprit qui ne sont pas très répandues dans les classes populaires. D’autant moins répandues que ces classes sont déjà habituées à être ignorées ou absentes des débats, à la télévision ou même dans les instances de démocratie locale.

Ainsi quand bien même des centaines de millier de personnes participeraient à l’opération Grand Débat, ça ne lui donnerait pas pour autant une juste représentativité. Pas plus que le vote du Literary Digest. Car, il est crédible, comme, aussi, dans un sondage Twitter, qu’on ait une sur-représentation des sympathisants LREM. Et on peut d’ors et déjà affirmer que, sur la base de ce biais de sélection, il sera abusif de dire que ce qui en sortira sera l’expression populaire au sens du peuple pris dans son entier. Et ceux et celles qui seront passés sous les radars, sont ceux et celles qui justement, pour une bonne part, auraient peut-être eu des réserves à émettre sur le macronisme.

Faire une réelle consultation est assez difficile et demande des moyens mais c’est possible. Et ces moyens, on peut supposer que l’État les aurait. Mais sur une opération de ce type, on doit se rappeler que l’ampleur finalement atteinte, la qualité, n’est pas celle des points les plus ambitieux mais celle de ses facteurs limitants. C’est une chose d’avoir de la puissance sous le capot mais la voiture ne vous mènera pas loin si elle a un pneu crevé. Ainsi, cette « consultation » prend des allures de « plébiscite » avant même qu’on se soit intéressé aux questions. Et les questions, c’est pire.

Ce que nous allons voir maintenant.

Avant de commencer, je voudrais vous signaler que je ne vais pas m’occuper de toutes les questions les une après les autres, ce serait trop long. Je vais surtout m’attacher à couvrir les biais majeurs que contiennent ces questionnaires en m’appuyant sur les question pour vous donner les exemples correspondant. Sachant, bien sûr qu’une même questions peut relever de plusieurs biais en même temps. Sinon, ça ne serait pas drôle ! Ce questionnaire est un festival…

Tout d’abord le biais de cadrage.

Chaque liste de question, et c’est heureux est précédé de quelques pages apportant des informations. Comme vu dans la partie sur les niveaux de participation, l’information est un préalable à la consultation. Mais encore faudrait-il que cette information soit complète et objective. Ça aussi c’est un défi.

Dans le doc sur la fiscalité, l’utilisation d’éléments de langage comme « Coût du travail » ou le survol en moins de 60 mots (56, exactement, j’ai compté…) du mécanisme de la progressivité de l’impôt sur le revenu, (56…mots…), l’orientation vers l’idée que « tout est trop élevé », sont des indicateurs de partialité ou d’incomplétude, ce qui revient un peu au même.

Et celle ci est quasiment assumée dans l’exposition des enjeux du débat où il est dit, en première ligne, que le gouvernement s’est fixé des objectifs dont celui de baisser la dépense publique de 3 %, de supprimer des taxes, de baisser des cotisations et que le débat doit servir, grosso modo, à expliquer pourquoi, à préciser quels impôts baisser et quels services publics supprimer.

En clair, le débat doit servir à vous faire accepter, et donner votre avis sur, ce qu’on avait de toute façon décidé de faire. Je vous renvoie à l’échelle de la participation de la partie 1 pour décider, où, objectivement, placer un dispositif qui, bien qu’appelé consultation, consiste à vous donnez des informations partiales avec ouvertement pour objectif de vous les faire accepter.

Mention spéciale pour la phrase : « Bâtir un consensus sur le bon niveau de fiscalité. » qui est présenté comme un objectif de l’opération Grandéba.

ça n’aura pas échappé aux facilitatrices et autres éducateurs populaire habitué-e-s à la difficulté et à la beauté qu’il y a dans l’obtention d’un consensus : Oser utiliser l’expression « Bâtir un consensus » dans un tel contexte, ça relève d’un culot tout particulier et d’un irrespect profond de ce que représente cette notion.

La suite, et bien le journaliste Nicolas Cori le résume bien dans son thread en date du 16 janvier. Sa phrase exacte est «  S’en suit un questionnaire où tout est faussé. »

Biais liés à la manière de poser les questions :

La question 1 du Questionnaire sur la Fiscalité.

« Quelles sont toutes les choses qui pourraient être faites pour améliorer l’information des citoyens sur l’utilisation des impôts ? »

Dans une consultation de qualité, on poserait d’abord la question « Pensez-vous que l’information des citoyens sur l’utilisation des impôts pourrait être améliorée? » Et si la personne répond oui, on lui pose la question suivante.

Ici, on présuppose que tout le monde aurait répondu « Oui » à cette question préalable.

C’est ce qu’on appelle une question suggestive.

Mais c’est aussi, 2e biais, une question absolue : « Quelles sont TOUTES les choses qui pourraient être faites pour améliorer l’information des citoyens sur l’utilisation des impôts ? »TOUTE. » Cette demande d’exhaustivité, c’est le type même de question qui a tendance à provoquer des abandons dans les questionnaires. En poser une en première position, c’est encore s’exposer au risque de sélectionner des gens, voire de rendre les questionnaire inexploitables par des méthodes statistiques rigoureuses.

La question 2 également est une question suggestive. « Que faudrait-il faire pour rendre la fiscalité plus juste et plus efficace ? » Présupposition : La fiscalité ne serait pas juste, ni efficace.

Ajoutons que l’accolement de ces 2 qualificatifs non plus n’est pas anodin, votre acceptation du premier favorisera l’acceptation du second. C’est ce qu’on appelle une séquence d’acceptation ou Yes Set. Alors que justice et efficacité relèvent de tableaux très différents. Vous pourriez trouver que la fiscalité est injuste mais efficace.

C’est aussi ce qu’on appelle une question à double volet. Les propositions d’amélioration que vous allez formuler vont-elle concerner la justice, l’efficacité, les 2. Une question, 3 possibilités d’interprétation.

On retrouve cette même erreur de double-volet plusieurs fois dans les questionnaires. Dans la question 15 sur la transition écologique, on la retrouve même 2 fois :

Que faudrait-il faire pour protéger la biodiversité ET le climat tout en maintenant des activités agricoles ET industrielles compétitives ?

Climat et biodiversité. Activités agricoles et activités industrielles.

Double volet, sur double volet, sans en avoir l’air cette question recouvre 9 interprétations possibles de la part du répondant.

Sans compter l’interprétation possible du mot « compétitivité ». Compétitivité qu’il n’est nulle part question d’interroger, nous faisant retomber dans l’erreur de la question suggestive.

Le problème du double volet, et a fortiori le double-double-volet, c’est qu’il rend immédiatement impossible toute interprétation pertinente des réponses. Justement parce que les questions sont elles-même susceptibles d’être interprétées.Et qu’il sera alors impossible de savoir à quoi se rapportera votre réponse.

Et on touche encore à un point majeur de défaut de ces questions, celui de l’interprétation du vocabulaire. A vocabulaire flou, réponse inutilisables, voire, en ce qui me concerne pour ce genre de chose, pas de réponse du tout.

Parce que, pour reprendre les exemples précédents, qu’entend-t-on par « Améliorer l’information des citoyens » ? Que signifie une « fiscalité juste et efficace » ? Et de quelle compétitivité parle-t-on ? Sur quels critères on l’évalue?

Question 19 Services publics : « Faut-il donner plus d’autonomie aux fonctionnaires de terrain ? » Est-ce que par autonomie, on entend la même chose que dans « autonomie  des universités » qui consiste à réduire leur financements ?

Question 14 Transition écologique : Qui doit être en priorité concerné par le financement de la transition écologique ? Que signifie « concerné » ? Parle-t-on de ceux qui la financeront ou de ceux qui toucheront des financements ?

Question 16 Démocratie : On demande de répondre par oui ou par non à la question « Faut-il transformer nos assemblées représentatives?» Mais « transformer » ça veut dire quoi ? On change la forme des hémicycles ? On tire au sort ? On arrête les débats la nuit ? On instaure une partie de saute-mouton à chaque rentrée parlementaire pour améliorer l’ambiance ?

Si je répond « Oui », ma réponse sera-t-elle utilisée pour légitimer une transformation opposée à celles que je voudrais. Au regard de tout le reste, on peut raisonnablement se poser la question. C’est ça, aussi, le risque du vocabulaire flou : L’instrumentalisation de votre réponse.

Je ne vais pas m’étendre là dessus, je vous renvoie à ma conférence gesticulée, car c’est un problème qui n’est pas propre à cette opération mais qui n’en reste pas moins grave, tout particulièrement…dans une enquête.

Biais cognitifs

Parlons maintenant de biais cognitif, c’est à dire d’une influence que le contexte peut avoir sur votre réflexion et donc votre réponse…

Le biais lié à l’ordonnancement des questions :

Dans son thread Nicolas Cori relève les questions 3, 4, 5, 6, 7 du questionnaire sur la fiscalité.

Cette séquence est une accumulation d’interrogations sur le même sujet, susceptibles de déclencher ce qu’on appelle un effet de halo.

Car il se trouve que la réponse à une questions peut être influencée par la réponse à une question proche précédente. Par une sorte d’autocensure, le répondant maintien une certaine cohérence de son expression en dépit de son propre et réel avis.

La question 2 demande : « Que faudrait-il pour rendre la fiscalité plus juste et plus efficace ? »

Il est alors très probable qu’une personne qui aurait accepté ce libellé réponde différemment à la question 3… Comment après une telle question cocher la case « Augmenter les impôts » à une demande de solution pour réduire le déficit public ?

La question 4 étant ensuite « Quels sont selon vous les impôts qu’il faut baisser en priorité ? »

La 5 et la 6 demandant quelles dépenses publiques, il faut couper.

Généralement les concepteurs de sondage cherchent à minimiser cet effet de contamination, en mélangeant les questions. Là, on est à l’opposé, il se dégage nettement qu’il s’agit de faire dire comment réduire les impôts et comment réduire la dépense publique. En passant, si on fait les 2, on ne « résout » pas grand-chose, en fait plutôt on « dissout » l’État.

Des biais cognitifs, il y en a bien d’autres qui sont susceptibles d’être déclenchés par ce questionnaire :

Le biais de disponibilité par exemple. C’est à dire le fait de se contenter des informations immédiatement à disposition et ne pas chercher de nouvelles informations avant de répondre.

Comment aller se cultiver avant de répondre à chacune des 84 demandes d’un questionnaire portant sur des thèmes aussi variés. C’est colossal.

Et les personnes qui sont contre le référendum d’initiative citoyenne au prétexte que les gens n’auraient pas le bagage nécessaire pour répondre à une question à la fois, après des semaines de campagnes d’information, devraient être montées au créneau pour verser de l’huile bouillante sur ce questionnaire.

Dans la question 2 Service publics, une liste longue comme le bras d’échelons administratifs.

Question 3 : « Pensez-vous qu’il y a trop d’échelons administratifs en France ? » 

Combo entre un biais d’ordonnancement et un biais de disponibilité.

Autre biais, le biais d’aversion à la dépossession. Car nous avons tendance à vouloir garder ce que l’on possède. Question 9 Fiscalité, après une bonne série de questions suggérant baisses d’impôts et de dépenses publiques : « Pour quelles politiques publiques, seriez-vous prêt à payer plus d’impôts ? » Je suis prêt à parier d’avance que la réponse « Aucune » arrivera assez massivement en tête.

D’autant que cette question, comme la suivante, et bien d’autres qui ne vont pas tellement dans le sens du gouvernement, sont des question personnalisées. On demande « Seriez-vous prêt à payer plus d’impôts pour encourager des comportements bénéfiques à la collectivité… ? » Ce qui a un impact différent de « Pensez-vous que les comportements bénéfique à la collectivité doivent être encouragé par un impôt… ? » Entre le oui et le non pas sûr que ce soit le même qui l’emporte suivant qu’on personnalise la question ou pas…

Vient ensuite le biais de primauté. Je ne l’ai pas mis au début parce que je suis taquin. Ce biais repose sur le fait qu’on donne un statut particulier aux premiers éléments présentés d’une liste . On y porte plus d’attention, parfois on s’en rappelle mieux, ce qui aboutit à leur sur-sélection, si on est amené à choisir dans une liste statique. Raison pour laquelle, dans un sondage de qualité (Oui, ça existe.), on mélange les propositions de réponses quand on s’adresse à différents répondants.

Le questionnaire du Grandéba est truffé de réponses à choix multiple. Et je suis prêt encore une fois à émettre le pari que, précédé par « la pollution de l’air », « les dérèglement climatiques », suivi par « la biodiversité », l’item « l’érosion du littoral » ne va pas arriver en tête des problèmes importants dans le domaine de l’environnement.

Cela nous permet de parler des biais liés non plus aux manières de poser les questions mais à celles de proposer les réponses.

Il y a d’abord la question ouverte, avec aucune proposition de réponse. Elles demandent une implication particulière, il faut y réfléchir et la question de l’expertise qu’on peut avoir du sujet compte particulièrement. Ainsi sur la question 16 Transition écologique :« Que pourrait faire la France pour faire partager ses choix en matière d’environnement au niveau européen et international ? » quelques éléments de guidage pour les néophytes en diplomatie environnementale auraient pu être utiles.

A l’inverse, on a la question fermée, à répondre par Oui ou par Non. Là encore, les opposants au référendum d’initiative citoyenne pour cause de « simplification excessive amenant une réponse sans nuance à une question complexe » devraient se faire entendre. Question 10 Service publique : Seriez-vous d’accord pour qu’un agent public effectue certaines démarches administratives à votre place ? Oui. Non. Alors que l’option « ça dépend de la démarche » aurait probablement eu du succès. La question 11, demandant de classer des nouvelles formes de service public en bonne chose ou en mauvaise chose relève aussi d’une forme d’absolu. Un espace itinérant de service public dans un bus n’est pas bon ou mauvais en soi, ça dépend de la situation.

Enfin, il y le QCM, le choix multiple de réponses. Qui est, bien sûr, suggestif, puisqu’on vous suggère des réponses. On dessine les contours de l’espace que votre pensée peut occuper pour répondre. Et pour être correct, il serait nécessaire d’y inclure systématiquement, au minimum, les items « Autre réponse : Laquelle ?» et « Ne se prononce pas. » Sans quoi, c’est ce qu’on appelle une suggestion en double lien, on vous enferme dans un espace de réponse sans vous signaler qu’il existe d’autres espaces. Les illusionnistes adorent bien faire ça pour forcer, un choix de carte par exemple.

Et bien ça, on le retrouve dans la fameuse question 15 Transition écologique, rappelez-vous la question à double-double volet : Où on vous demande des idées pour protéger on ne sait pas trop quoi tout en maintenant compétitive on ne sait pas trop quelle activités.

Et où on vous donne 3 options :

O-Cofinancer un plan d’investissement.

O-Modifier des accords commerciaux.

O-Taxer les importations.

Pas une de plus et en vous signalant en toute lettre, ultime coup bas, qu’il n’a qu’1 seule réponse possible.

Et tant pis pour toutes les idées et initiatives de transition déjà existantes ne relevant pas de ces options. Thatcher disait « There is no-alternative. » Macron nous donne la version 2.0 : «  Il y a que 3 options, les miennes. »

Et ce fonctionnement en double lien, on le retrouve à de nombreux endroits. Ce qui est rigolo, c’est que parfois, des questions à choix multiples se suivent et qu’elles ne sont pas rédigée de manière harmonisée en ce qui concerne la possibilité de laisser de la place à d’autres réponse que celles suggérées ou de ne pas se prononcer

Question 5 Dépense publiques (Déjà la question est gratinée, je vous laisse repérer le biais de disponibilité et le reste): « Afin de baisser les impôts et réduire la dette, quelles dépenses publiques faut-il réduire en priorité ? (Une seule réponse possible.)

O-Les dépenses de l’État.

O-Les dépenses sociales.

O-Les dépenses des collectivités territoriales.

O-Je ne sais pas.

Question 6  même questionnaire (Pareil, je vous laisse juger du biais d’ordonnancement avec la question 5): Parmi les dépenses de l’État et des collectivités territoriales, dans quel domaine faut-il faire avant tout des économies ? (Plusieurs réponses possibles)

O-L’éducation

O-La défenses

O-La sécurité

O-Les transports

O-L’environnement

O-La politique du logement

O-Autre, préciser :

Question 5, on peut ne pas savoir. Question 6, non.

Mais question 6, on peut faire des suggestions, pas dans la 5. Pourquoi ?

Et dans aucune des questions à choix multiples, on ne retrouve les 2 possibilités en même temps.

Bref, biais cognitifs multiples, biais sondagiers, suggestions plus ou moins ouvertes, impossibilité d’interprétation par des statistiques honnêtes…

-Est-ce que je vous ai dit que la simple non-réponse à une question d’un sondage rigoureux peut entraîner l’inexploitabilité complète du questionnaire ?-

Ce questionnaire, du point de vue des questions comme des propositions de réponses, présente de très sérieux problèmes. N’importe quel concepteur sondagier professionnel saurait repérer ces problèmes au premier coup d’oeil. Sébastien Auzière, le fils ainé de Brigitte Macron est vice-président de Kantar Health, une entreprise dont un des métiers est exactement de produire des sondages et des enquêtes d’opinion. On aurait pu lui demander un coup de main, non ?

Dire de ce questionnaire qu’il s’agit d’un support à une consultation, pour je cite « permettre une analyse approfondie à la fois quantitative et qualitative » est factuellement faux.

Ce qui en sortira pourra avoir l’apparence d’une étude scientifique, et c’est bien le risque, car ça n’en sera pas l’ombre d’une.

Quant à s’en servir pour, je cite encore «  forger un nouveau pacte économique, social et environnemental et structurer l’action du Gouvernement et du Parlement dans les prochains mois. », on peut compter là dessus mais pas de la manière qu’on peut imaginer de prime abord, tant cette consultation ressemble à un Push-poll, c’est à dire une enquête qui, sous couvert de vous demander votre avis, à en fait comme objectif de promouvoir des idées.

Forger, oui : Probablement votre consentement à signer implicitement ce pacte qui, lui, n’aura rien de nouveau.

Structurer l’action du gouvernement, certainement : Comme il l’avait prévu à quelques détails près.

Et pour cette 2e partie, je voudrais terminer avec une citation du Manuel Anti-sondage d’Alain Garrigou et Richard Brousse qui nous pousse à réfléchir sur le mode de fabrication d’une telle opération:

« Il est probable que les push-polls ne sont jamais mieux réalisés que lorsqu’ils mêlent bonne conscience et cynisme. »

Rappelons nous que nous avons derrière cette opération, des gens qui sont, dans l’ensemble persuadés d’être gentils, bienveillants, constructifs, selon leur propre vocabulaire, mais aussi et surtout des communiquant de haut-vol qui savent concevoir des dispositifs multi niveaux très efficaces, ayant plusieurs plans d’impact. C’est cet aspect stratégique que nous allons décortiquer dans la 3e partie.

Lire, écouter ou télécharger la 3e partie!

Le Grandéba (1ere partie) : « Les différentes niveaux de participation en démocratie OU Pourquoi on ne peut pas dire honnêtement que le Grand Débat est une concertation. »

En 1969, Sherry Arnstein publia une échelle de la participation citoyennes. Cela introduisit le fait qu’il y a plusieurs niveaux de participation en démocratie. Ces niveaux ont des caractéristiques objectives assez précises. Ils sont entre 5 et 8 suivant les découpages que l’on fait. Mais quel que soit ce découpage, cela indique qu’on peut se déclarer en démocratie, avec une niveau participation citoyenne oscillant entre tout et rien.

Le niveaux le plus bas, qu’on aura même du mal à considérer comme une participation, le niveau zéro, est celui de la manipulation. Cela recouvre les situations où le public est passif, même s’il n’en a pas l’impression. Et où on lui fournit des informations pouvant même être partiales, incomplètes, dans l’objectif de le convaincre. En fait, le public n’est pas vraiment souhaité, on le prend plus comme un mal nécessaire, à gérer avec le plus de subtilité possible, afin qu’il évite de s’en rendre compte.

Ce qu’on considère réellement comme le premier niveau de participation est celui de l’information. Ici, on vous fait une promesse : Vous aurez toutes les informations. Sur la forme, ce peut être à travers un site internet, une lettre aux français ou une réunion publique où on répondra à vos questions.

Vous l’aurez compris certaines des branches de ce grand débat, comme les rencontres avec les maires ou encore, je viens de voir passer l’info, une émission de télé conjointe Hanouna-Schiappa, relèvent de ce premier, et très maigre, niveau de participation.

Mais attention, pour effectivement mériter le titre d’information, il faut qu’on vous délivre toutes les données ET qu’on vous donne aussi les moyens de les comprendre. Si on ne vous donne pas ces moyens, on retombe au niveau du dessous, la manipulation. Et j’émets des doutes quant au fait que Cyril Hanouna vous donne les moyens de comprendre toute la complexité des tenants et aboutissant de sujets politiques comme…la fiscalité. Ne serait-ce que parce que niveau audimat, l’

économie c’est peu prometteur. Et que la rencontre entre les explications fiscales et un ancien assujetti à l’ISF peut laisser entrevoir des trésors d’inventivité pour éviter de parler de l’éléphant dans le salon.

2e niveau de participation, la consultation. Dans la consultation, vous avez la parole mais vous n’avez aucune garantie que celle-ci ait un quelconque impact sur les décisions finales.

Donc quand le Grandéba nous est présenté comme une consultation, dans la mesure où on nous a expliqué dès le 19 décembre que ça ne changerait, rien a priori, on ne s’est pas trop fichu de nous. C’est juste que le mot consultation ne recouvre pas ce qu’on pense. Quand le président lance une consultation du peuple, ça n’a rien à voir avec une consultation que vous allez prendre chez le docteur. Sauf si en sortant du cabinet médical, vous envisagez de continuer de crever la bouche ouverte sans même avoir lu l’ordonnance.

Ceci étant dit pour mériter le terme de consultation, en plus d’informer et de donner les moyens de comprendre, il faut aussi avoir à cœur de donner à toutes les personnes concernées le moyen de s’exprimer selon sa situation, son histoire et ses possibilités. Et là, d’un coup, c’est déjà beaucoup moins reluisant le Grandéba. Parce que dire « On vous a consulté. » alors que le dispositif consiste en 4 listes de questions, à répondre par écrit ou en ligne, c’est sous entendre que tout le monde a les moyens d’imprimer, de lire, d’écrire, d’accéder à un ordinateur pour répondre à 84 questions. 84 ! Ou encore que tout le monde a les moyens de se sentir disponible pour prendre une ou plusieurs soirées et légitime pour aller prendre la parole dans des assemblées publiques. Et ça, c’est loin d’être le cas.

Donc ça ressemble à une consultation nationale mais en réalité, ce sera très probablement une consultation de niches où on risque fort de retrouver une surexpression des classes électives d’Emmanuel Macron mais on parlera de ce mécanisme plus tard dans la partie 2.

Enfin, avant d’être bien sûr de participer à une consultation, il est important que vous sachiez précisément ce qu’il adviendra de votre contribution, en terme de traitement et d’interprétation. Et dans le Grand Débat, on n’en sais pas grand-chose, si ce n’est qu’on aura droit à une synthèse. Aura-t-on les résultats bruts ? Ou des résultat redressés, comme dans les sondages ? Mystère.

Le Grandéba, ça ressemble à une consultation mais ça peine vraiment à atteindre cette petite 2e marche des niveaux de participation en démocratie.

Ce qui est sûr, c’est que ça n’atteint pas la 3e marche. Ce n’est pas une concertation et, compte tenu du discours porté par La République En Marche, ça ne peut pas en être une, voilà pourquoi :

Dans une concertation, on considère que chacun est dépositaire d’une expérience qui révèle une part de la réalité. C’est déjà très loin de l’idée qu’il y a une personne qui sait mieux que les autres et qui peut guider. #Jupiter #5erépublique.

Mais surtout, en portant une concertation, on s’engage à gérer les différences de point de vue et contradictions d’intérêts entre les gens. On s’engage à faire éclater les conflits entre les différents intérêts et à trouver des arbitrages.

Cela suppose que l’on porte un discours assumant que

la société est traversée par des intérêts différents, qui sont en conflit. Or le discours porté par LREM est nettement à l’opposé. On y parle de bienveillance, on n’est tous dans le même bateau, il va y avoir du ruissellement, c’est donc qu’on est tous reliés, etc, etc. Un discours habillé des mots d’aujourd’hui mais finalement assez ancien permettant de faire passer l’intérêt des dominants pour l’intérêt général. Mais un discours incompatible avec la résolution des conflits d’intérêts entre les classes, puisque tout cela n’existent pas dans ce cadre de pensée.

Avant dernier niveau de l’échelle de la participation en démocratie, la co-décision, où en plus de se concerter, on participe aux choix et aux délibérations qui leur sont liés. A ce niveau, on peut participer à la décision, comme son nom l’indique.

Et enfin, 5e niveau, la co-construction, un mot qui est devenu très à la mode mais dont vous aurez compris qu’on ne l’atteint en réalité que rarement, tant il demande de dispositifs, d’éducation populaire, d’acceptation de partage du pouvoir. La co-constuction est atteinte lorsqu’en plus d’être informé, puis consulté et concerté, après la prise de décision partagée, on participe tous ensemble à l’exécution de la décision.

Et là, on touche à la définition de Paul Ricoeur de la démocratie, attention accrochez-vous :

«Est démocratique, une société qui se reconnaît divisée, traversée par des contradiction d’intérêt et qui se fixe comme modalité, d’associer à parts égales, chaque citoyen dans l’expression, l’analyse et la mise en délibération de ces contradictions, en vue d’arriver à un arbitrage et d’une mise en œuvre.»

On retrouve toutes les conditions de la co-construction. C’est tout un programme, très ambitieux et pas des plus faciles à atteindre à court terme.

Le Grand Débat, lui, oscille entre émission de télé en direct sur les chaînes d’info, émission d’infotainement, questions-réponses au chef, sondage en ligne digne de sondage twitter, comme nous le verrons dans la partie suivante, et cahier de doléance directement hérité du Roi Louis XVI. Quand on connaît, comme vous la connaissez maintenant, l’étendue de l’échelle des niveaux de participation en démocratie, il est objectivement difficile de considérer, malgré son nom, et tout les qualificatifs positifs que lui accolent les media, que cette opération est un moment réellement ambitieux de participation citoyenne.

Et quand on rentre dans le détail des questions posées, le vernis de la com’ ne tient plus du tout sur le dispositif, et l’aspect manipulatoire, au sens de niveau zéro de la participation, apparaît. Et ça tombe bien, dans la partie 2, on rentre dans la dissection des questionnaires…

Lire, écouter ou télécharger la 2e partie.

Le Grandéba : Introduction, du grand débat national au Grandéba.

Le 15 janvier dernier, le gouvernement a lancé une opération intitulée Le Grand Débat National.

Elle durera deux mois, jusqu’au 15 mars et aura plusieurs formes.

L’une d’entre elles, c’est une succession de dates auxquelles le président sera au cœur de grands meetings où on pourra poser des questions et écouter les réponses. Sagement.

Une autre de ces formes, ce sont des réunions que chacun pourra organiser comme bon lui semble. Des documents sont disponibles en lignes pour guider l’organisation et des fiches sont censés aider à la discussion. Des questionnaires pourront être imprimer et servent de support à des enquêtes en ligne.

Tout cela est présenté par l’exécutif comme étant une consultation, terme qu’on retrouve dans la lettre aux Français publiée en ligne, dans la presse et qu’on recevra peut-être dans nos boîtes aux lettres.

Et le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux a exclu dès le 19 décembre tout “détricotage” de la politique menée depuis le début du quinquennat à l’issue des trois mois de la « concertation nationale », un autre terme qu’on retrouve dans la communication de l’Élysée.

Enfin, Pascal Perrineau, un proclamé garants de l’opération disait le 22 janvier que c’était un débat et pas autre chose.

L’idée que tout cela est une opération politique à double fond a commencé à faire son chemin. En analysant les formes de cette opération inédite que l’on appellera le Grandéba, nous allons voir, ensemble, qu’hélas, c’est bien le cas.

Ce podcast est divisée en 3 parties. Vous pouvez les écouter presque indépendamment les unes des autres, écouter celle qui vous appelle le plus, continuer plus tard avec une autre ou écouter les 3 dans l’ordre. Je vous encourage à le faire sur des temps de votre journée que vous pouvez partager avec de l’audio, temps de transport en commun, de cuisine ou autre. Je vous encourage aussi à naviguer à travers les différents liens vers les sources que j’ai pu utiliser.

Tout d’abord, je nous propose de parler des différents niveaux de participations dans la démocratie, parce qu’entre consultation, concertation, débat, le Grandéba mélange un peu tout. Mais les mots ont un sens. Considérez cette partie une initiation à l’évaluation d’un critère important des démocraties à travers un cas pratique. Spoiler : C’est pas brillant.

Ensuite on s’attardera sur les fiches démagogiques, pardon, les kit méthodologiques censés guider le Grandéba, et particulièrement sur la forme des questions qu’ils contiennent. Parce que si tout cela est présenté comme une consultation, on est en droit de l’analyser comme si c’est était une. C’est une partie de debunkage, d’autodéfense intellectuelle, qui vous apprendra à repérer les biais dans les questionnaires d’une manière générale et éviter de vous faire avoir à l’avenir.

Et enfin, nous prendrons un moment pour nous demander pourquoi Emmanuel Macron a choisi cette forme de réponse en particulier. Et nous verrons qu’il y a un vrai risque pour les Gilets Jaunes de se voir éteindre sans autre forme de procès. Et un vrai risque de mettre le feu à La REM. Vous adorerez cette partie si vous aimez les jeux du trône, les spin-doctor et les machiavéliques stratégies politiques de communication.

Rappelez-vous  : Emmanuel Macron a été, en grande partie, élu grâce à des opérations de comm’ minutieusement réfléchies. On peut lui reprocher beaucoup de choses mais ce serait une erreur que de le sous-estimer sur ce plan. L’opération Grand Débat est une manipulation très bien pensée qui peut amener une grande déconfiture au mouvement social et ouvrier si on n’y fait pas attention. Dans ce podcast, je vous explique en quoi et pourquoi.

Ecoutez la première partie …