Regardez ce que France 2 fait avec la côte de popularité de Mélenchon…

Temps de lecture : 3 à 4 minutes.

France 2 n’en finit plus de ne pas nous surprendre sur le traitement de l’actualité de la France Insoumise. Hier soir, un sujet incontournable était la convention FI qui se tenait à Clermont-Ferrand. 1600 personnes qui viennent sur le week-end entier travailler à l’élaboration collégiale d’un mouvement, on est loin sur la forme et le fond des 500 personnes réunies à Lyon la semaine dernière par LREM pour participer à une élection à candidat unique…

Et compte tenu du traitement dont a bénéficié l’événement LREM, il aurait été voyant que rien ne se fasse pour la FI…

D’ici à faire rigoureux, c’est autre chose…

Coup de ciseau.

L’angle choisi est celui de la déprime. On appréciera le placement du sujet sur le terrain de l’émotion plutôt que sur celui de la raison et des chiffres.  C’est déjà moyennement honnête mais chacun est libre de choisir son angle. ça fait partie de la liberté d’expression. A ceci près qu’il serait alors judicieux de ne pas se réclamer de l’objectivité dans le même temps. Objectivité et émotions sont un peu contradictoires… Bon ça commence mal…

Pour accréditer la thèse de la déprime, rien de mieux qu’une phrase directement sortie de la bouche de Jean-Luc Mélenchon lui-même : « Nous venons de subir un revers. Il parait que si je le dis, je démoralise. Non, je le dis parce qu’on est démoralisé » [Salve d’applaudissement]

Sauf que la vidéo fournie par la FI montre qu’il manque la fin de cette phrase « Non, je le dis parce qu’on est démoralisé dans certains secteurs de la société. » Pas du tout le même sens, n’est-ce pas… Et pas de chance, quasiment en même temps TF1 passait la phrase, en entier. Les arguments de « montage plus serré » auront du mal à passer, TF1 étant généralement le champion en la matière.

Ce point beaucoup de gens l’ont vu.

La raison d’être de cet article est ailleurs…

Elle est dans le graphique utilisé pour « expliquer » la supposée déprime de la FI. Faire ça le soir même de mon cours sur les mathématiques de l’oppression, c’est donner le bâton pour se faire battre. (Bon, OK, France 2 ne se tient peut-être pas au courant de mon agenda 🙂 ). Le graphe en question est reproduit ci dessous.

Je passe rapidement sur la méthode de l’obtention de ces chiffres mais s’ils sont issus de sondages par la méthode des quotas [ Update de 22h31 : Non, il faut creuser, les panels ont changé considérablement semble-t-il entre septembre et novembre...Réduisant a priori le nombre de personne susceptibles d’être favorables à JLM.], ce qui est probable, il est utile de se rappeler que cette méthode a une marge d’erreur de plus ou moins 2,5 points environs… 36-2,5 = 33, 5. Et 28+2,5 = 30,5.  Possiblement de 33,5 à 30,5, la baisse entre les mesures existe mais est déjà moins nette que les 8 points avancés… Mais soyons bon joueur, quasiment aucun media autres que les scientifiques purs ne font figurer les barres de variations sur leurs graphique. Et ici, je ne les connais pas non plus précisément. L’incertitude de la mesure existe mais mon 2,5 est un chiffre générique.  Passons au gros morceau.

« Le désaxé pourrait encore nuire. »

L’axe vertical de ce graphique est faux. La graduation semble juste. Les variations de hauteur entre les différentes unités semblent proportionnelles à ces unités (Même espace entre 30 et 31 qu’entre 31 et 32 par exemple.).

Mais l’axe ne commence pas à zéro. Et comme souvent, ce n’est signifié nul part. L’impression générale qui résulte de ce graphique est donc que la côte de popularité de Jean-Luc Mélenchon est proche du plancher… Ce qui est loin d’être le cas à 28%.

Ce graphique désaxé est donc un élément de fiction tout simplement créé pour servir le propos du journaliste. Cela retire encore un peu plus ce sujet du JT du domaine de l’objectivité. Pire, il tâche de reprendre à son compte l’image de respectabilité et de rigueur qu’ont les graphiques orthonormés, tout en étant clairement éloigné…

Comme le montre le redressement réalisé par mes soins, il était tout à fait possible de faire rentrer un graphique rigoureux dans l’espace prévu… Mais l’histoire racontée n’est plus du tout la même…

[Update du 30/11/17] L’aimable twittos Philippe V (@NewbieVenerable) va plus loin dans la correction de la courbe, proposant d’inscrire en intégralité l’ordonnée. A y regarder de plus près, effectivement, ma présentation donnait une impression de popularité immense. Le graphique ci dessous semble tout à fait correct et plus à même de transcrire la réalité. On notera que l’histoire racontée par le graphe n’est vraiment plus du tout la même que celle du graphe diffusé par France 2. En fait, là, il n’y a presque plus d’histoire du tout…

La photo du Mélenchon- bashing ordinaire.

En latéral et en plongée pour montrer les traits tirés, les yeux plissés et la bouche entrouverte, sur un fond de nuage gris. Suggestion  à France 2 : Une photo de Jabba le Hut un lendemain de cuite à St-Malo aurait été encore plus efficace. Jabba n’a pas de lunette? Qu’à celà ne tienne, vous avez prouvé que l’infographie n’a pas de secret pour vous.

Trêve de balivernes. Trouver une photo neutre où JLM ne fait pas la gueule, sans pour autant être une photo de propagande pour lui, prend à peu près 5 minutes. Et quand on a des émissions entières de lui en boîte, on doit pouvoir faire mieux. Non ? (France 2 : c’est votre métier. Merci.)

Violation du métamodèle : Présupposition complexe

Et puis, il y a la petite phrase sous le graphique, reprise depuis sur d’autres chaines. ça semble l’élément de langage parfait. C’est condensé, percutant et avec l’apparence de la neutralité.

« A la recherche du second souffle ».

C’est surtout très commode car cela présuppose qu’il y a essoufflement. Pourquoi chercher le second souffle sinon? Cet angle, encore une fois, pose un problème en terme d’objectivité. Sans parler de la lecture de pensée que constitue l’allégation selon laquelle la FI se sentirait déprimée.

Mais on n’en est plus à ça près…

Les différences entre le porno et le sexe réel : Suite!

Un des articles de ce blog qui a le plus de succès est celui-ci : https://propag.wordpress.com/2013/08/09/les-differences-entre-le-porno-et-le-sexe-reel/

C’est un article où je tâche à mon petit niveau et à l’aide d’une petite vidéo très bien réalisée par quelqu’un d’autre, de faire du démontage de  porno… Il est consulté 2 à 3 fois par jour.

Et voici qu’aujourd’hui, à l’aune de l’actualité ciné, surgit sur internet un extrait de film qui vient très bien en complément… Je vous le livre et vous laisse tirer vos conclusions.

Le plus grand cirque de l’étrange du Monde est désormais accessible! Vous ne devinerez jamais où… (et les 3 choses à savoir à son sujet, ou pas.)

Il y a eu la femme à barbe, l’homme le plus gros du monde, le plus petit aussi, l’étrange fakir des Indes mystérieuses, la charmeuse de serpent, la femme à 2 têtes, aujourd’hui, il y a Buzzfeed et ses avatars.

Pour les personnes qui ne connaitraient pas, il s’agit de sites qui jouent leur part d’audience sur le fait que leur contenu va devenir viral, créer le buzz, c’est à dire, pour les gens au parlé ordinaire, se répandre avec la rumeur, numérique de nos jours. La plupart du temps, tout se joue dans les titres racoleurs des articles. Avec les mêmes ressorts que les cirques de l’étrange d’antan. Ils jouent sur la curiosité, la simplification, le superlatif et bien sûr les émotions.

Comment faire plus simplistes et angoissant que  » les 3 choses que vous regretterez de ne pas avoir fait quand vous serez vieux »? (1-Adopter un l’animal disparu dans votre salon tel un panda 2-Avoir pris des cours d’autodéfense intellectuelle avec Phloem 3-Avoir éteint internet plus tôt?)

Comment faire plus intriguant et attendrissant qu’en disant « Il dit bonjour à sa fille, vous ne devinerez jamais la suite… » ? (Elle lui dit bonjour aussi?)

Comment faire plus superlatif (et tarte) que « Cette homme a la plus belle écriture du monde« ? (Euh… C’est une pub pour un stylo…)

Il est étonnant de constater que, bien que les outils soient numériques, le fond est quand même très semblable. Avec pourtant cette illusion d’actualité et d’accès à des informations que nous n’aurions pas eu avant. Comme si avant Internet, on ne découvrait rien… Et on y retrouve les mêmes émerveillement et stupéfaction. Encore et encore alors que c’est toujours les même ressorts voires les mêmes choses à peine déclinées ( « Le saut en parachute/en tyrolienne/en combinaison volante/à la perche le plus haut du monde. » Des gens qui dépassent leurs limites personnelles, qui tombent et…quoi… je dois être inspiré ou juste satisfait au niveau de ma curiosité?)

Quand j’y pense un peu plus en détail, les émissions dites de « télé-réalité » type « Montrez nous votre talent. » jouent aussi là dessus. (En confondant d’ailleurs souvent talent et travail, pour des raisons que je vous laisse trouver… )  Avec par ici une petite dose d’abjecte en supplément avec un jury qui évalue et peut décider en directe de la valeur du talent, avec option humiliation publique…Ou, par là, une petite dose moralisatrice  du type « Aha! Tu croyais que la grosse moche allait mal chanter mais non! Elle fait de l’opéra! »

Au moins, dans les cirques de l’étrange, les monstres conquéraient de la dignité.

Et il ne passait qu’une fois par an…

Légumes pour la soupe.

Luc Alphand qui place son sponsor (« Pour l’instant il développe un très bon ski. C’est vrai que chez Rossignol on avait bien travaillé, ses nouveaux skis ont l’air vraiment de marcher très bien. » suivi pour un autre skieur de « Et chapeau, parce que lui il a pris des nouveaux skis, chez Rossignol. »); Montfort-Candoloro en costume de champions du monde de patinage à sexistes ( « Je connais un anaconda qui serait bien allé embêter cette Cléopâtre canadienne. » « Vous pourrez lui dire que c’est pas la seule à être excitée, elle a un joli sourire cette patineuse. » « Elle a des airs de Monica Bellucci, avec un peu moins de poitrine, mais bon… » )… Si vous manquez encore d’avis sur les JO, vous pouvez lire cet article, qui décrit des choses qui ne sont probablement rien à côté des JO de SotchiLutte contre le terrorismePoutine.

Voici, pour l’occasion, un petit bingo-dingo qui vous permettra de vous amusez si jamais on vous oblige à regarder les JO. Il a été produit par 20Minutes.Pas vraiment une grande œuvre d’éducation populaire mais ça a au moins le mérite d’attirer l’attention des masses sur le fait qu’on nous sert toujours la même soupe.

« Non monsieur l’arbitre, vous n’avez pas le droit de mettre une note aussi basse! »

On pari?

Bingo-JO

[Correction!]Le chomage des jeunes donné à voir par TF1

Chomage des jeunes TF1 30-05-13

Petite correction de l’exercice donné récemment…

Oui, je la donne plus tôt que prévu car j’ai posté ce petit exercice sur Facebook où selon la vitesse de consommation de l’information d’aujourd’hui, dans 4 jours ce serait, je m’en rend compte maintenant, une autre ère quasiment…

J’ai eu des réponses diverses et fort intéressantes. Tout n’a pas été trouvé mais l’essentiel oui. Alors voilà…

La courbe ne s’étend pas sur 12 mois mais 15. (Peut-être pour montrer que début 2012, avant l’avènement de F.Hollande, les choses allaient bien? Je n’en sais rien.)

Il n’y a pas de nom sur les axes. On arrive grossièrement à comprendre cependant ce qu’ils représentent.

– Si on a un indicateur, un point,  pour le 549 400, on ne sait pas où situer le 492 100. Était-ce en mars 2012 comme le laisse supposer le commentaire du présentateur? Ou en janvier? Mettre une échelle à l’axe vertical, aurait permis de le lire.

-A ce sujet, je remercie Cédric qui a pointé une chose que je n’avais pas vue (Vive l’intelligence collective!), les chiffres donnés sont sans aucun rapport avec le pourcentage mis en exergue. En effet 492 100+9%= 536 389 (et non 549 400). En prenant les chiffres proposés, l’augmentation est de 57 300 personne soit…11,6%

La courbe est colorée selon un dégradé de orange clair à orange foncé. Orange, couleur du danger. Dégradé accentuant l’impression d’augmentation.

Et terminons par la  violation des règles de représentation graphiques, la « plus graves » selon moi.

L’axe vertical ne commence pas à zéro et rien n’indique cet arrangement. Cela a pour effet de nous donner l’impression d’un multiplication par 5 de la donnée représentée entre le point le plus bas de la courbe et le point le plus haut et non pas une multiplication par 1,09. On le voit en comptant les intersections verticales du quadrillage dont on se demande encore ce qu’elles représentent (20 000 unités?)

Voilà pour la critique du graphique…

Une interrogation a été posée au cours de cette exercice. Ou disons que c’était une contribution qui m’a interrogée. Elle était formulée ainsi  : « Et s’il s’agit simplement d’une histoire d’échelle, que la base de la courbe soit si proche du 0, que chaque carreau ne correspond pas à 1 mois ni à 10 000 personnes, […], je ne vois rien à redire… »

La question que cela m’a posé est « L’autodéfense intellectuelle telle que je la propose, est-elle utile à quoi que ce soit? »

Pour accéder à une information juste, on pourrait  se demander pourquoi se focaliser sur le chômage des jeunes plutôt que sur les chiffres globaux du chômage comme on les présente habituellement. On pourrait aussi interroger l’obtention de ce 9% : Comment a-t-il été obtenu? A partir de quelles données? Ou encore s’attarder sur le découpage de la classe étudiée :  Qu’est-ce qu’un jeune dans cette statistique? Les étudiants sont-ils inclus ou exclus ?  Mais là, on passe à autre chose que la représentation graphique, des choses qui demanderaient un accès aux sources et des recherches. C’est également très intéressant mais c’est un travail à temps plein! Le travail de journaliste, vérificateur et transmetteur objectif d’information (et non pas perroquet déformant…) permettant une prise de décision en connaissance de cause (et non pas influençant en vue de faire prendre une décision prévue…)

Je n’ai pas la prétention d’être journaliste. J’ai seulement la chance de pouvoir passer plusieurs heures par semaine à décortiquer des documents, et je ne peux pas demander à tout le monde d’en faire autant.

Par contre, je peux inciter tout le monde à se munir d’outils simples, de cultiver des réflexes de lectures qui permettront au minimum d’éviter de se faire enfumer. Pas de trouver toute l’information juste à tous les coups mais au moins de déceler quand elle est fausse, orientée ou destinée à tromper.

Parce que, dans ce cas précis, si on demande à quelqu’un qui aurait vu ce graphique pendant les  5 secondes de son affichage, de tracer la courbe du chômage chez les jeunes, il ou elle va tracer ça : courbe  la main1

Alors que l’allure générale que la courbe représentant cet ensemble de données devrait suivre, selon les critères enseignés à l’école est celle-ci.

courbe  la main2

Ce n’est quand même pas la même chose !

Voilà. Vous l’aurez compris, je vois à redire dans le fait que des personnes qui se disent journalistes soient en fait des publicitaires et que celles qui se disent publicitaires soient, en fait, des modeleurs d’opinion utilisant nos processus mentaux à notre insu.

Merci beaucoup  à ce contributeur qui me permet d’avancer sur mon mode d’intervention en m’obligeant à me poser une question dont la réponse me paraissait si évidente que je ne l’avais jamais définie précisément. Continuons de nous méfier des évidences… 😉

Le chomage des jeunes, vu par TF1

Chomage des jeunes TF1 30-05-13

« Les plus touchés ce sont les jeunes, plus d’un quart des moins de 25 ans, on le sait, est au chomage. Et leur nombre n’a cessé d’augmenter depuis un an. Regardez cette courbe +9% de chomeurs de moins de 25 ans en 12 mois. » tel était le commentaire de Jean-Pierre Pernault ce 30 mai dernier concernant cette courbe.

Si vous avez suivi des cours concernant les courbes et graphiques en ma compagnie, vous sauriez peut-être redresser ce graphique. Alors d’après vous que faudrait-il changer pour que ce graphique soit plus juste selon le mode de représentation qu’on lui a donné? Réponse la semaine prochaine pour vous laisser le temps de répondre! 😉

Suppositoire effervescent à vendre.

Aujourd’hui, c’est décryptage publicitaire avec une publicité simple.

Le produit en est EvaQ, le suppositoire effervescent. Au début j’ai cru à une blague. Mais non, en Italie, ça existe. Ce fut alors le fou rire le plus long depuis des mois. Je suis bon public. Et le simple fait d’imaginer une bande de créatifs se dire « Qu’est-ce qu’on pourrait imaginer pour dynamiser le marché du suppositoire? … Je sais! Le suppositoire effervescent!!!! » Tout le monde sait que le suppositoire ça marche. Et tout le monde sait que l’effervescence donne à l’aspirine un truc en plus. Et bien moi, je dis > pouf, pouf! < on croise les 2 et on fait un suppo à réaction! » Imaginez des créatifs en arriver à une telle hauteur dans leur art, à un tel niveau de créativité absurde m’a paru impayable.

J’ai ensuite, après m’être remis de mes émotions, visionné la publicité pour ladite chose.  La publicité est, d’après moi, elle même très drôle, de par son sérieux absolu. A mettre en rapport avec le fait qu’elle vante une capsule de carburant à pets… Il vaut mieux ne pas pas laisser paraître le moindre sourire sinon, on est fichu…

Et c’est en tout cas un bon support d’analyse publicitaire. Car tout en étant simple, elle a néanmoins plusieurs niveaux de lecture.

Le premier est le signifiant. C’est l’histoire que semble raconter la publicité, l’histoire que vous dira avoir voulu raconter le publicitaire. Cela tient en peu de mots : Une  femme, une espionne pleine de technologie en aide une autre qui souffre.

Une femme, toute de blanc vêtue, se présente à la manière de James Bond (« Je m’appelle Bond. James Bond »)

« Je m’appelle Q. Eva Q. »  « Q » comme le responsable en chef du secteur recherche et développement  en gadgets super incroyables qui sauvent la vie, de l’employeur de James Bond.

Cheveux tirés vers l’arrière, coiffure fonctionnelle, costume futuriste, regard perçant. Lara Croft croisée Star Trek.

« Pourquoi m’affecte-t-on les missions les plus difficiles? Parce que j’agit rapidement. »

Démarche de panthère. Elle sonne chez Rossi (Le nom de famille le plus répandu en Italie, tel Martin en France.)

La pauvre femme qui ouvre semble fort embêtée et se tient le ventre. La constipation, c’est terrible. On ne peut en parler à personne. (Heureusement qu’il y a des agents qui nous comprennent sans qu’un seul mot soit dit.)

Vue de synthèse « comme aux rayons-X ». Car les rayons X, c’est médical, c’est scientifique, c’est tout ce qu’il nous faut. La voix off du Vrai Medecin Qui Décrypte L’action Vue Aux Vrais Rayons-X : « Contre la constipation, essayez EvaQ, le suppositoire qui respecte l’intestin avec la delicatesse de ses petites bulles. (Poésie) EvaQ, effervescent, rapide et sans contre-indication. »

On suit la trajectoire du suppositoire. Oui, il faut expliquer où le mettre. C’est important. Tout médecin vous racontera une anecdote du genre de celle-ci (Un très bon blog à lire...  Mon grand-père qui était médecin de son état m’avait raconté une variante avec des suppositoires à l’eucalyptus et un monsieur revenu une semaine plus tard avec une moustache verte et pas d’amélioration de sa toux…). Le suppositoire disparait dans un magique et enchanteur tourbillon de bulles libératrices. Pas de la grosse mousse de…Non! Et on réfléchira au fait qu’un suppositoire qui est visible aux rayons X n’est pas un suppositoire mais une balle de fusil…

En dix minutes qui passent en 3 secondes à l’écran, tout est fait. Oui, EvaQ agit rapidement, elle l’a dit. Retour à la pauvre habitante de l’immeuble en image de synthèse. Si vous n’aviez pas encore remarqué, tous les décors sont en images de synthèse. Ces 2 femmes ne se sont jamais rencontrées et ont tournée devant un fond bleu. La preuve finale étant apportée par la femme qui, après une respiration, heureuse d’être gonflée à plus savoir quoi faire d’autre que de propulser soniquement son compact fumier  libérée, fait un un petit caca coucou de la main à sa libératrice avec un sourire figé et, surtout, un regard dont le point de focalisation est plus éloignée que la tête de l’interlocutrice. Cela donne l’impression qu’elle lui regarde à travers la tête.

Ultime rappel si on n’avait pas compris le « Mission accomplie » qui s’affiche sur une tablette-tactile-qui-montre-bien-que-c’est-une-espionne-super-équipée-en-technologies-révolutionnaires.

Packshot (c’est à dire brève présentation du produit avec les mentions légales et tout.) sur 2 notes musicales de James Bond (Tin-Tin!)

Remarque : C’est à ce niveau qu’on doit réfléchir un instant au genre des protagonistes. Si on passe outre le fait que suppositoire est un mot féminin en italien et si on fait référence à James Bond, pourquoi pas UN espion ? Pourquoi 2 femmes? Vous pouvez trouver seul-e… N’importe quelle autre combinaison est scandaleuse…. Les rayons-X ne mentent pas, il est question de fesses… Un homme qui vient déboucher une femme qu’il a à peine rencontré, c’est « Anus horribilis » au pays du Vatican… Quant à un homme qui vient en déboucher un autre, c’est juste pire.  Quand à une femme qui vient sauver un homme, bonjour la dégradation! La seule combinaison possible devient donc une femme qui s’occupe d’une autre. Car, comme chacun sait, entre femmes, ça ne peut être que mignon, et Dieu sait (encore lui) , qu’il y a besoin de douceur, de la « délicatesse des petites bulles » pour aborder la difficile question du suppositoire dans l’espace public…  Et puis, espionne ou pas, les femmes s’y connaissent beaucoup mieux que les hommes en ménage, n’est-ce pas…?

Mais allons plus loin dans le 2e niveau de lecture en reprenant tout depuis le début. Dans une publicité, tout est absolument pensé, tout.  Alors pourquoi une plante verte? (L’aviez vous vu) Pourquoi un ascenseur?

Et ça, c’est la deuxième histoire que les publicitaires n’ont sans doute même pas expliqué aux comédiennes qui ont joué devant des fonds bleus…

Voici l’histoire signifiée…

Le suppositoire (femme effervescente) monte et passe le premier sphincter (Porte d’ascenseur qui s’ouvre). Il devance les solutions à base de plantes (passage hautain devant la plante verte du couloir). Il vise pile au bon endroit ( ding-dong sur la sonnette) et va dénicher l’excrément au delà du 2e sphincter (La femme, toute de marron vêtue, ouvre la deuxième porte). Après son action, l’excrément est délogé (La femme n’est plus à l’intérieur mais à l’extérieur de l’appartement.)

En fait, la publicité nous raconte plusieurs fois la même choses de différentes manières à différents niveaux tout en nous  donnant, au niveau le plus accessible, une jolie histoire qui n’a pas grand chose à voir. (De l’aventure, du charme, de la technologie, un peu l’opposé du suppositoire quand même…).  Le sens caché, s’il semble évident lorsqu’il est expliqué, passe généralement inaperçu et c’est pourtant celui-ci qui a le plus d’impact sur la personne a qui elle est destinée. Un impact décisionnel et de changement inconscient. C’est l’exacte principe d’une métaphore thérapeutique. Un des outils les plus puissants en hypn0se. Et c’est sur ce modèle que sont construite la plupart des publicités audio-visuelles aujourd’hui… La prochaine fois que vous avez envie d’un nouveau truc, pensez-y… Même si ce n’est pas un suppositoire effervescent…

Les différences entre le porno et le sexe réel.

Il m’arrive parfois de faire de la sensibilisation autour des IST pour un public ado. J’utilise des choses qui se mangent pour « métaphoriser » et apporter de l’attrait à ce que je fais. Ce sont mes ateliers Cul-linaires.

La métaphore des aliments n’est pas nouvelle, tant le plaisir est une donnée partagée avec ce dont on parle.

Voici une vidéo qui, je trouve a sa place ici dans ce qu’elle a d’informatif et « d’aide au retour à la réalité ». Elle traite des différence entre le porno et le sexe dans la vraie vie. En effet le porno, c’est un point sur lequel il y a une grande distorsion de la réalité autant qu’un grand déficit d’information. Trouver des info sur internet  …euh… ça peut ne pas bien marcher parfois. Et le cours d’éducation sexuelle de 4e n’aborde quasiment jamais cette question, prenant beaucoup plus souvent l’angle utilitariste de la prévention.

Ouvrons une parenthèse à ce sujet…

Je dis bien « le cours » car il n’y en a qu’un dans la scolarité des élèves. Car, si le bulletin officiel de l’éducation national préconise un cours par trimestre du CP à la terminale, réparti dans plusieurs matières  car ce n’est pas qu’une question de biologie, (Lire le paragraphe 2-1 ici. « À cette fin, trois séances d’information et d’éducation à la sexualité doivent, au minimum, être organisées dans le courant de chaque année scolaire. Elles permettent de relier les différents apports concourant à l’éducation à la sexualité et de les compléter notamment dans les domaines affectif, psychologique et social » Ambitieux…)  mais c’est à l’appréciation des professeurs, sur le temps qu’il reste hors programme. Car c’est hors programme. Et je ne connais aucun établissement qui a eu l’audace d’en faire une priorité de sa politique d’établissement. Je ne connais pas non plus (mais ça doit exister, quelque part, ailleurs, loin, où?) de professeurs qui ont décidé de leur propre chef de monter des modules transversaux sur ce thème…

On « prend » donc  une heure ou 2, en 4e, pour en parler, dans le cadre du cours sur la reproduction. Voilà qui réduit considérablement l’aire couverte par « la sexualité ». Pour autant les élèves sont-ils asexuel-le-s? Non. Cela effraie bien souvent les parents, beaucoup plus que les ado hélas, mais les questions de sexe et de sexualités commencent à se poser tôt. Vers 11-13 ans. Ce sont des élèves de 6e, voire de CM2. Encore « des touts petits » dans les yeux de leur chers parents… Mais quand leurs « touts-petit » sont pris en flagrante organisation de « Sucette party » à plusieurs en 5e (Cas arrivé dans mon groupe de formation à l’IUFM), ils atterrisent durement…

Pour rappel, plus l’éducation sexuelle à l’école est répandue et ouverte et plus l’âge moyen des premiers rapports sexuels est élevé.

Fermons la parenthèse.

On laisse les jeunes (et moins jeunes) devant des images dont ils pensent, souvent à l’instar de bien d’autres images, qu’elles sont réalistes. En effet, bien des codes (ou impératifs financiers…) du cinéma porno induisent l’idée que « C’est vrai » . Tournages avec souvent très peu de moyens, des trucages qu’on imagine inexistant.

Mais le cinéma reste le cinéma…

  • Les  rapports entre les protagonistes répondent à un scénario, généralement écrit par et pour des hommes.
  • Les trucages existent, ne serait-ce que par le montage des films.
  • Les perfomeurs et performeuses sont sélectionné-e-s sur critères anatomiques et physiologiques… Et, oui, ils « performent », jouent et mènent une carrière.

Bref, il est important de se rappeler qu’il a autant de frustration et de risques à vouloir avoir une vie sexuelle qui ressemble à celle décrite par les pornos qu’à vouloir des vacances qui ressemblent à un film d’action hollywoodien. D’où cette vidéo ici présente.

Mise à jour :

Ce message fait partie des plus populaires de ce blog. Soyez donc rassuré, vous n’êtes pas la seule personne à avoir tapé « Différence porno sexe réel » dans votre moteur de recherche (qui me dit comme vous êtes arrivé…Eeeeet oui…) Je me suis donc dit que, sur ce thème, un complément d’information pouvait être utile. Par exemple en ce qui concerne les trucages…

  • Saviez-vous qu’un mélange blanc d’oeuf+ farine balancé à la seringue hors cadre faisait une éjaculation tout à fait convenable?
  • Que les étalons tenant des érections pendant « des heures » devaient parfois leur « record » à des fluffers, ou dérameurs, c’est à dire des personnes qui masturbent les comédiens avant la reprise du tournage ? Ces mêmes fluffers qui gèrent le nettoyage des corps entre les prises…

A en croire le cinéma, le sexe industriel, c’est propre, facile et tout naturel. HAHAHAHA!!!!

Mise à jour 2 :

Un article vient compléter celui-ci. Il est là : https://propag.wordpress.com/2015/01/08/la-difference-entre-le-porno-et-le-sexe-reel-suite/