Les intentions affichées -et irréalistes- de participation au Grandéba.

Ci-git un schéma vulgarisant les résultats d’un sondage au sujet du grand débat national, ici connu sous le nom de Grandéba.

Personnellement, juste après avoir dit « Depuis le 15/01, plusieurs réunions publiques se tiennent chaque jour dans les communes. », je suis même étonné qu’il y ait encore 5% de personnes qui répondent « Je n’ai pas connaissance du grand débat national ». Car cette question induit exactement, soit la connaissance de la chose, soit la honte de ne pas la connaître.

En fait, pour être plus rigoureux, la question de la notoriété aurait dû être posée séparément et en amont. Puis celle de l’intention de participation, posée aux seules personnes qui connaissaient le Grandéba.

Et je ne parle même pas de l’effet incitateur de la question sur l’adhésion à la réponse « Je compte participer prochainement. » 17%… Un chiffre bien cocasse car…

Pour rappel, le Grandéba, ça dure depuis 1 mois 1/2, ça finit dans 15 jours. On lit dans ce sondage que 3% des interrogé-e-s affirment avoir participé. 17% qui annoncent leur participation, ça signifie, s’ils le font, que 85% de la participation va se faire dans les 25% de temps restant.

Va falloir pousser les murs parce que 17% de la population française, ça fait pas loin de 6,8 millions de personnes en restreignant un peu (Je suis partie sur une population de 40 millions en estimant à la louche le désintérêt des enfants, etc… Mais 40 millions, c’est vraiment très gentil de ma part…) Sur 15 jours. 450 000 personnes. Par. Jour. Chaque jour, 1000 salles des fêtes de 450 personnes!!!

Dans ma ville de 20 000 habitant, la salle avait une capacité de 120 pers. On a compté 50 pers en moyenne. La presse a annoncé 70. Il y au 4 réunions. 70 x 4 : 280 personnes. Estimation haute. Et si toutes les personnes ont été différentes à chaque fois, ce qui est improbable, on atteint 1,4% de participation. On n’est loin des 3% de ce sondage. Mais ne généralisons pas notre cas local.

Revenons au chiffre de l’intention de participation. Je ne sais pas où seront ces faramineuses 1000 assemblées quotidiennes de 450 pers. Mais si elles avaient lieu, de toute évidence, ce serait un raz-de-marée et il serait impossible de passer sans les voir. Ce serait d’elles qu’on parleraient. Et pas de ce sondage. Dont ces quelques calculs simples indiquent la valeur…

Mais ne préjugeons pas. Si d’ici 15 jours, tous les Zénith, Olympia et Palais des Congrès de France sont réservés tous les jours pour le Grandéba, je mangerai mon chapeau. Je suis confiant.

Et pour rappel, les maths citoyennes, c’est l’atelier n°3 de cette page : Je peux venir le faire chez vous, dans votre syndicat, dans votre groupe local et j’en passe… Et bonne nouvelle : Une salle de 15-20 places suffira.

Le Grandéba (2e partie) : Biais… Des questionnaires qui interrogent moins qu’ils ne disent comment penser.

Lire ou écouter ou télécharger la première partie  de cet article.

Le Grandéba est soi-disant une consultation, sans avoir les caractéristiques qui permettraient complètement de le dire, comme on l’a vu dans la première partie.

Mais s’affirmant comme tel, on peut lire les questionnaires mis à disposition dans ce cadre.

Et à la lumière de ce qu’on sait des biais pouvant se produire dans les consultations en générale, dont l’exemple type est le sondage, nous allons voir que ces questionnaires sont susceptibles de produire certaines réponses plutôt que d’autres, de déclencher certains effets. Et donc, de donner une image de la réalité qui ne corresponde pas à celle-ci.

Commençons par les biais sondagiers, c’est à dire les biais liés au fait qu’on soit dans un questionnaire et que les modalités de ce questionnaire peuvent influencer les réponses.

Tout d’abord, le biais d’échantillonnage :

Lors de l’élection présidentielle américaine de 1936, la revue Literary Digest procède, à partir de l’annuaire téléphonique à un « vote de paille », auprès de 10 millions de personnes. Il leur demande de se prononcer en avance pour leur candidat favori: Roosevelt, le candidat de gauche, est donné perdant.

Mais cette méthode qu’on estimait fiable en raison de la taille de l’échantillon, des millions de personnes, se trompe lourdement : Roosevelt obtiendra 62 % des voix.

Au contraire, l’institut Gallup, à partir d’un échantillon beaucoup plus petit mais dit représentatif, c’est à dire respectant la composition sociologique de la société prédit l’élection de Roosevelt. C’est le début de la méthode des quotas dans les sondages.

La méthode du Literary Digest a souffert d’un biais échantillonnage. En 1936, avoir le téléphone est le signe d’une certaine aisance financière et piocher des noms dans l’annuaire plutôt que sur les listes électorales, c’est sur-selectionner des gens de droite. L’annuaire n’est pas représentatif de la société.

Et, de nos jours, Twitter non plus, donc les mentions du type « RT pour plus de représentativité » après une question posée -bonjour le paradoxe- à ses propres followers, est inepte.

Le Grand Débat va rencontrer le même problème. Je le disais en première partie, ce questionnaire ce sont 4 listes de questions, 84 questions au total, auxquelles répondre par écrit ou en ligne.

En lançant une pétition dans mon quartier, je me suis rendu compte qu’une personne sur 10 à une personne sur 15 avait du mal à la lire ou à y écrire son nom. Ça m’a frappé… Et je suis allé voir les chiffres, et en fait c’est représentatif de la situation en France. 7 % de la population adulte âgée de 18 à 65 ans ayant été scolarisée en France est en situation d’illettrisme, soit 2,5 millions de personnes en France Métropolitaine.

Mais avant de les lire ou d’écrire dessus, ces questionnaires, il faudrait y avoir accédé. On estime à 13 millions, donc une personne sur 5, le nombre de personnes éloignées du numérique, dont 6,7 millions ne se connectent jamais à internet. 1 personne sur 10. Parmi elles, les non-diplômés, les personnes âgées, les détenus, les sans-abri, les personnes en zones rurales sont sur-représentées.

Outre que cela donne à réfléchir sur la dématérialisation des démarches administrative qui nous est présentée comme une solution merveilleuse, cela indique aussi que, par sa simple modalité, Emmanuel Macron biaise l’échantillon de sa consultation. Quand bien même il attire l’attention sur le fait qu’il faut y prendre garde, il affaiblit d’emblée la représentation de certaines catégories de personnes dans la consultation. Catégories qui, à l’inverse, me semblent tout à fait représentées dans les mouvements sociaux actuels…

Quant aux autres modalités d’expression, cahier de doléance en mairie, prise de parole dans des réunions publiques, on pourrait leur faire le même type de reproches tant elles demandent d’avoir des moyens et dispositions d’esprit qui ne sont pas très répandues dans les classes populaires. D’autant moins répandues que ces classes sont déjà habituées à être ignorées ou absentes des débats, à la télévision ou même dans les instances de démocratie locale.

Ainsi quand bien même des centaines de millier de personnes participeraient à l’opération Grand Débat, ça ne lui donnerait pas pour autant une juste représentativité. Pas plus que le vote du Literary Digest. Car, il est crédible, comme, aussi, dans un sondage Twitter, qu’on ait une sur-représentation des sympathisants LREM. Et on peut d’ors et déjà affirmer que, sur la base de ce biais de sélection, il sera abusif de dire que ce qui en sortira sera l’expression populaire au sens du peuple pris dans son entier. Et ceux et celles qui seront passés sous les radars, sont ceux et celles qui justement, pour une bonne part, auraient peut-être eu des réserves à émettre sur le macronisme.

Faire une réelle consultation est assez difficile et demande des moyens mais c’est possible. Et ces moyens, on peut supposer que l’État les aurait. Mais sur une opération de ce type, on doit se rappeler que l’ampleur finalement atteinte, la qualité, n’est pas celle des points les plus ambitieux mais celle de ses facteurs limitants. C’est une chose d’avoir de la puissance sous le capot mais la voiture ne vous mènera pas loin si elle a un pneu crevé. Ainsi, cette « consultation » prend des allures de « plébiscite » avant même qu’on se soit intéressé aux questions. Et les questions, c’est pire.

Ce que nous allons voir maintenant.

Avant de commencer, je voudrais vous signaler que je ne vais pas m’occuper de toutes les questions les une après les autres, ce serait trop long. Je vais surtout m’attacher à couvrir les biais majeurs que contiennent ces questionnaires en m’appuyant sur les question pour vous donner les exemples correspondant. Sachant, bien sûr qu’une même questions peut relever de plusieurs biais en même temps. Sinon, ça ne serait pas drôle ! Ce questionnaire est un festival…

Tout d’abord le biais de cadrage.

Chaque liste de question, et c’est heureux est précédé de quelques pages apportant des informations. Comme vu dans la partie sur les niveaux de participation, l’information est un préalable à la consultation. Mais encore faudrait-il que cette information soit complète et objective. Ça aussi c’est un défi.

Dans le doc sur la fiscalité, l’utilisation d’éléments de langage comme « Coût du travail » ou le survol en moins de 60 mots (56, exactement, j’ai compté…) du mécanisme de la progressivité de l’impôt sur le revenu, (56…mots…), l’orientation vers l’idée que « tout est trop élevé », sont des indicateurs de partialité ou d’incomplétude, ce qui revient un peu au même.

Et celle ci est quasiment assumée dans l’exposition des enjeux du débat où il est dit, en première ligne, que le gouvernement s’est fixé des objectifs dont celui de baisser la dépense publique de 3 %, de supprimer des taxes, de baisser des cotisations et que le débat doit servir, grosso modo, à expliquer pourquoi, à préciser quels impôts baisser et quels services publics supprimer.

En clair, le débat doit servir à vous faire accepter, et donner votre avis sur, ce qu’on avait de toute façon décidé de faire. Je vous renvoie à l’échelle de la participation de la partie 1 pour décider, où, objectivement, placer un dispositif qui, bien qu’appelé consultation, consiste à vous donnez des informations partiales avec ouvertement pour objectif de vous les faire accepter.

Mention spéciale pour la phrase : « Bâtir un consensus sur le bon niveau de fiscalité. » qui est présenté comme un objectif de l’opération Grandéba.

ça n’aura pas échappé aux facilitatrices et autres éducateurs populaire habitué-e-s à la difficulté et à la beauté qu’il y a dans l’obtention d’un consensus : Oser utiliser l’expression « Bâtir un consensus » dans un tel contexte, ça relève d’un culot tout particulier et d’un irrespect profond de ce que représente cette notion.

La suite, et bien le journaliste Nicolas Cori le résume bien dans son thread en date du 16 janvier. Sa phrase exacte est «  S’en suit un questionnaire où tout est faussé. »

Biais liés à la manière de poser les questions :

La question 1 du Questionnaire sur la Fiscalité.

« Quelles sont toutes les choses qui pourraient être faites pour améliorer l’information des citoyens sur l’utilisation des impôts ? »

Dans une consultation de qualité, on poserait d’abord la question « Pensez-vous que l’information des citoyens sur l’utilisation des impôts pourrait être améliorée? » Et si la personne répond oui, on lui pose la question suivante.

Ici, on présuppose que tout le monde aurait répondu « Oui » à cette question préalable.

C’est ce qu’on appelle une question suggestive.

Mais c’est aussi, 2e biais, une question absolue : « Quelles sont TOUTES les choses qui pourraient être faites pour améliorer l’information des citoyens sur l’utilisation des impôts ? »TOUTE. » Cette demande d’exhaustivité, c’est le type même de question qui a tendance à provoquer des abandons dans les questionnaires. En poser une en première position, c’est encore s’exposer au risque de sélectionner des gens, voire de rendre les questionnaire inexploitables par des méthodes statistiques rigoureuses.

La question 2 également est une question suggestive. « Que faudrait-il faire pour rendre la fiscalité plus juste et plus efficace ? » Présupposition : La fiscalité ne serait pas juste, ni efficace.

Ajoutons que l’accolement de ces 2 qualificatifs non plus n’est pas anodin, votre acceptation du premier favorisera l’acceptation du second. C’est ce qu’on appelle une séquence d’acceptation ou Yes Set. Alors que justice et efficacité relèvent de tableaux très différents. Vous pourriez trouver que la fiscalité est injuste mais efficace.

C’est aussi ce qu’on appelle une question à double volet. Les propositions d’amélioration que vous allez formuler vont-elle concerner la justice, l’efficacité, les 2. Une question, 3 possibilités d’interprétation.

On retrouve cette même erreur de double-volet plusieurs fois dans les questionnaires. Dans la question 15 sur la transition écologique, on la retrouve même 2 fois :

Que faudrait-il faire pour protéger la biodiversité ET le climat tout en maintenant des activités agricoles ET industrielles compétitives ?

Climat et biodiversité. Activités agricoles et activités industrielles.

Double volet, sur double volet, sans en avoir l’air cette question recouvre 9 interprétations possibles de la part du répondant.

Sans compter l’interprétation possible du mot « compétitivité ». Compétitivité qu’il n’est nulle part question d’interroger, nous faisant retomber dans l’erreur de la question suggestive.

Le problème du double volet, et a fortiori le double-double-volet, c’est qu’il rend immédiatement impossible toute interprétation pertinente des réponses. Justement parce que les questions sont elles-même susceptibles d’être interprétées.Et qu’il sera alors impossible de savoir à quoi se rapportera votre réponse.

Et on touche encore à un point majeur de défaut de ces questions, celui de l’interprétation du vocabulaire. A vocabulaire flou, réponse inutilisables, voire, en ce qui me concerne pour ce genre de chose, pas de réponse du tout.

Parce que, pour reprendre les exemples précédents, qu’entend-t-on par « Améliorer l’information des citoyens » ? Que signifie une « fiscalité juste et efficace » ? Et de quelle compétitivité parle-t-on ? Sur quels critères on l’évalue?

Question 19 Services publics : « Faut-il donner plus d’autonomie aux fonctionnaires de terrain ? » Est-ce que par autonomie, on entend la même chose que dans « autonomie  des universités » qui consiste à réduire leur financements ?

Question 14 Transition écologique : Qui doit être en priorité concerné par le financement de la transition écologique ? Que signifie « concerné » ? Parle-t-on de ceux qui la financeront ou de ceux qui toucheront des financements ?

Question 16 Démocratie : On demande de répondre par oui ou par non à la question « Faut-il transformer nos assemblées représentatives?» Mais « transformer » ça veut dire quoi ? On change la forme des hémicycles ? On tire au sort ? On arrête les débats la nuit ? On instaure une partie de saute-mouton à chaque rentrée parlementaire pour améliorer l’ambiance ?

Si je répond « Oui », ma réponse sera-t-elle utilisée pour légitimer une transformation opposée à celles que je voudrais. Au regard de tout le reste, on peut raisonnablement se poser la question. C’est ça, aussi, le risque du vocabulaire flou : L’instrumentalisation de votre réponse.

Je ne vais pas m’étendre là dessus, je vous renvoie à ma conférence gesticulée, car c’est un problème qui n’est pas propre à cette opération mais qui n’en reste pas moins grave, tout particulièrement…dans une enquête.

Biais cognitifs

Parlons maintenant de biais cognitif, c’est à dire d’une influence que le contexte peut avoir sur votre réflexion et donc votre réponse…

Le biais lié à l’ordonnancement des questions :

Dans son thread Nicolas Cori relève les questions 3, 4, 5, 6, 7 du questionnaire sur la fiscalité.

Cette séquence est une accumulation d’interrogations sur le même sujet, susceptibles de déclencher ce qu’on appelle un effet de halo.

Car il se trouve que la réponse à une questions peut être influencée par la réponse à une question proche précédente. Par une sorte d’autocensure, le répondant maintien une certaine cohérence de son expression en dépit de son propre et réel avis.

La question 2 demande : « Que faudrait-il pour rendre la fiscalité plus juste et plus efficace ? »

Il est alors très probable qu’une personne qui aurait accepté ce libellé réponde différemment à la question 3… Comment après une telle question cocher la case « Augmenter les impôts » à une demande de solution pour réduire le déficit public ?

La question 4 étant ensuite « Quels sont selon vous les impôts qu’il faut baisser en priorité ? »

La 5 et la 6 demandant quelles dépenses publiques, il faut couper.

Généralement les concepteurs de sondage cherchent à minimiser cet effet de contamination, en mélangeant les questions. Là, on est à l’opposé, il se dégage nettement qu’il s’agit de faire dire comment réduire les impôts et comment réduire la dépense publique. En passant, si on fait les 2, on ne « résout » pas grand-chose, en fait plutôt on « dissout » l’État.

Des biais cognitifs, il y en a bien d’autres qui sont susceptibles d’être déclenchés par ce questionnaire :

Le biais de disponibilité par exemple. C’est à dire le fait de se contenter des informations immédiatement à disposition et ne pas chercher de nouvelles informations avant de répondre.

Comment aller se cultiver avant de répondre à chacune des 84 demandes d’un questionnaire portant sur des thèmes aussi variés. C’est colossal.

Et les personnes qui sont contre le référendum d’initiative citoyenne au prétexte que les gens n’auraient pas le bagage nécessaire pour répondre à une question à la fois, après des semaines de campagnes d’information, devraient être montées au créneau pour verser de l’huile bouillante sur ce questionnaire.

Dans la question 2 Service publics, une liste longue comme le bras d’échelons administratifs.

Question 3 : « Pensez-vous qu’il y a trop d’échelons administratifs en France ? » 

Combo entre un biais d’ordonnancement et un biais de disponibilité.

Autre biais, le biais d’aversion à la dépossession. Car nous avons tendance à vouloir garder ce que l’on possède. Question 9 Fiscalité, après une bonne série de questions suggérant baisses d’impôts et de dépenses publiques : « Pour quelles politiques publiques, seriez-vous prêt à payer plus d’impôts ? » Je suis prêt à parier d’avance que la réponse « Aucune » arrivera assez massivement en tête.

D’autant que cette question, comme la suivante, et bien d’autres qui ne vont pas tellement dans le sens du gouvernement, sont des question personnalisées. On demande « Seriez-vous prêt à payer plus d’impôts pour encourager des comportements bénéfiques à la collectivité… ? » Ce qui a un impact différent de « Pensez-vous que les comportements bénéfique à la collectivité doivent être encouragé par un impôt… ? » Entre le oui et le non pas sûr que ce soit le même qui l’emporte suivant qu’on personnalise la question ou pas…

Vient ensuite le biais de primauté. Je ne l’ai pas mis au début parce que je suis taquin. Ce biais repose sur le fait qu’on donne un statut particulier aux premiers éléments présentés d’une liste . On y porte plus d’attention, parfois on s’en rappelle mieux, ce qui aboutit à leur sur-sélection, si on est amené à choisir dans une liste statique. Raison pour laquelle, dans un sondage de qualité (Oui, ça existe.), on mélange les propositions de réponses quand on s’adresse à différents répondants.

Le questionnaire du Grandéba est truffé de réponses à choix multiple. Et je suis prêt encore une fois à émettre le pari que, précédé par « la pollution de l’air », « les dérèglement climatiques », suivi par « la biodiversité », l’item « l’érosion du littoral » ne va pas arriver en tête des problèmes importants dans le domaine de l’environnement.

Cela nous permet de parler des biais liés non plus aux manières de poser les questions mais à celles de proposer les réponses.

Il y a d’abord la question ouverte, avec aucune proposition de réponse. Elles demandent une implication particulière, il faut y réfléchir et la question de l’expertise qu’on peut avoir du sujet compte particulièrement. Ainsi sur la question 16 Transition écologique :« Que pourrait faire la France pour faire partager ses choix en matière d’environnement au niveau européen et international ? » quelques éléments de guidage pour les néophytes en diplomatie environnementale auraient pu être utiles.

A l’inverse, on a la question fermée, à répondre par Oui ou par Non. Là encore, les opposants au référendum d’initiative citoyenne pour cause de « simplification excessive amenant une réponse sans nuance à une question complexe » devraient se faire entendre. Question 10 Service publique : Seriez-vous d’accord pour qu’un agent public effectue certaines démarches administratives à votre place ? Oui. Non. Alors que l’option « ça dépend de la démarche » aurait probablement eu du succès. La question 11, demandant de classer des nouvelles formes de service public en bonne chose ou en mauvaise chose relève aussi d’une forme d’absolu. Un espace itinérant de service public dans un bus n’est pas bon ou mauvais en soi, ça dépend de la situation.

Enfin, il y le QCM, le choix multiple de réponses. Qui est, bien sûr, suggestif, puisqu’on vous suggère des réponses. On dessine les contours de l’espace que votre pensée peut occuper pour répondre. Et pour être correct, il serait nécessaire d’y inclure systématiquement, au minimum, les items « Autre réponse : Laquelle ?» et « Ne se prononce pas. » Sans quoi, c’est ce qu’on appelle une suggestion en double lien, on vous enferme dans un espace de réponse sans vous signaler qu’il existe d’autres espaces. Les illusionnistes adorent bien faire ça pour forcer, un choix de carte par exemple.

Et bien ça, on le retrouve dans la fameuse question 15 Transition écologique, rappelez-vous la question à double-double volet : Où on vous demande des idées pour protéger on ne sait pas trop quoi tout en maintenant compétitive on ne sait pas trop quelle activités.

Et où on vous donne 3 options :

O-Cofinancer un plan d’investissement.

O-Modifier des accords commerciaux.

O-Taxer les importations.

Pas une de plus et en vous signalant en toute lettre, ultime coup bas, qu’il n’a qu’1 seule réponse possible.

Et tant pis pour toutes les idées et initiatives de transition déjà existantes ne relevant pas de ces options. Thatcher disait « There is no-alternative. » Macron nous donne la version 2.0 : «  Il y a que 3 options, les miennes. »

Et ce fonctionnement en double lien, on le retrouve à de nombreux endroits. Ce qui est rigolo, c’est que parfois, des questions à choix multiples se suivent et qu’elles ne sont pas rédigée de manière harmonisée en ce qui concerne la possibilité de laisser de la place à d’autres réponse que celles suggérées ou de ne pas se prononcer

Question 5 Dépense publiques (Déjà la question est gratinée, je vous laisse repérer le biais de disponibilité et le reste): « Afin de baisser les impôts et réduire la dette, quelles dépenses publiques faut-il réduire en priorité ? (Une seule réponse possible.)

O-Les dépenses de l’État.

O-Les dépenses sociales.

O-Les dépenses des collectivités territoriales.

O-Je ne sais pas.

Question 6  même questionnaire (Pareil, je vous laisse juger du biais d’ordonnancement avec la question 5): Parmi les dépenses de l’État et des collectivités territoriales, dans quel domaine faut-il faire avant tout des économies ? (Plusieurs réponses possibles)

O-L’éducation

O-La défenses

O-La sécurité

O-Les transports

O-L’environnement

O-La politique du logement

O-Autre, préciser :

Question 5, on peut ne pas savoir. Question 6, non.

Mais question 6, on peut faire des suggestions, pas dans la 5. Pourquoi ?

Et dans aucune des questions à choix multiples, on ne retrouve les 2 possibilités en même temps.

Bref, biais cognitifs multiples, biais sondagiers, suggestions plus ou moins ouvertes, impossibilité d’interprétation par des statistiques honnêtes…

-Est-ce que je vous ai dit que la simple non-réponse à une question d’un sondage rigoureux peut entraîner l’inexploitabilité complète du questionnaire ?-

Ce questionnaire, du point de vue des questions comme des propositions de réponses, présente de très sérieux problèmes. N’importe quel concepteur sondagier professionnel saurait repérer ces problèmes au premier coup d’oeil. Sébastien Auzière, le fils ainé de Brigitte Macron est vice-président de Kantar Health, une entreprise dont un des métiers est exactement de produire des sondages et des enquêtes d’opinion. On aurait pu lui demander un coup de main, non ?

Dire de ce questionnaire qu’il s’agit d’un support à une consultation, pour je cite « permettre une analyse approfondie à la fois quantitative et qualitative » est factuellement faux.

Ce qui en sortira pourra avoir l’apparence d’une étude scientifique, et c’est bien le risque, car ça n’en sera pas l’ombre d’une.

Quant à s’en servir pour, je cite encore «  forger un nouveau pacte économique, social et environnemental et structurer l’action du Gouvernement et du Parlement dans les prochains mois. », on peut compter là dessus mais pas de la manière qu’on peut imaginer de prime abord, tant cette consultation ressemble à un Push-poll, c’est à dire une enquête qui, sous couvert de vous demander votre avis, à en fait comme objectif de promouvoir des idées.

Forger, oui : Probablement votre consentement à signer implicitement ce pacte qui, lui, n’aura rien de nouveau.

Structurer l’action du gouvernement, certainement : Comme il l’avait prévu à quelques détails près.

Et pour cette 2e partie, je voudrais terminer avec une citation du Manuel Anti-sondage d’Alain Garrigou et Richard Brousse qui nous pousse à réfléchir sur le mode de fabrication d’une telle opération:

« Il est probable que les push-polls ne sont jamais mieux réalisés que lorsqu’ils mêlent bonne conscience et cynisme. »

Rappelons nous que nous avons derrière cette opération, des gens qui sont, dans l’ensemble persuadés d’être gentils, bienveillants, constructifs, selon leur propre vocabulaire, mais aussi et surtout des communiquant de haut-vol qui savent concevoir des dispositifs multi niveaux très efficaces, ayant plusieurs plans d’impact. C’est cet aspect stratégique que nous allons décortiquer dans la 3e partie.

Lire, écouter ou télécharger la 3e partie!

La page Président, à visiter de temps en temps…

De temps en temps, la page Président de Brain Magazine recèle des pépites… Je recommande particulièrement les publications signées J. Bordat

– Un article sur la moisissure rhétorique de l’appel à la peur avec un cas concret : Marine Le Pen et la Torture. Avantageux, cet article clôt le moindre débat qui pourrait éclore. Il y en a quand même eu un? Mais pourquoi?

-Le temps d’antenne des classes ouvrières sur France Inter : 1,8%. Merci Fakir pour l’info.

-La richesse se concentre encore aux USA… 32000 personne possèdent 11% des sous de tout le pays…

Traduction des éléments de langage Fillionistes VS Sarkozy. Fleurets pas vraiment mouchetés…

-Dégommer l’hyperbole d’un politicien qui se victimise.

-Hypebole encore… Seisme, coup de tonnerre, pluie de grenouille. Comment parler d’un score du FN après les élections? Une classification bien commode.

-En image, l’utilité très relative des sondages à J – 3…ans.

Ces « vieux » qui montent sur les barricades

Ils manifestent contre l’extension de la gare de Stuttgart, campent devant le siège de la Banque centrale européenne, protestent contre l’extension des grands aéroports allemands, s’opposent au passage de lignes à haute tension dans leur voisinage ou s’enchaînent aux voies ferrées pour empêcher les déchets nucléaires d’arriver à destination. Depuis quelques années, les Allemands n’hésitent plus à exprimer – spectaculairement et parfois violemment – leur opposition à des décisions publiques touchant leur environnement, au point qu’en 2011, le mot Wutbürger – citoyens en colère – a été élu « mot de l’année ».  Mais qui sont ces citoyens ? Pour en avoir le cœur net, le groupe pétrolier BP a financé une étude d’un institut de recherche allemand situé à Göttingen dont les conclusions ont été rendues publiques ce mercredi.

Vous pourrez lire les 5 constats les plus marquants de cette étude (fort criticable au demeurant mais néanmoins interessante…), sur le blog Allemagne du Monde.fr. Les résultats sont probablement extensibles à la France. L’image du vieux réac a fait long feu…

Consultation européenne concernant le gaz de schiste.

La Commission européenne cherche à s’assurer que le développement des combustibles fossiles non conventionnels s’accompagne de garanties sanitaires, climatiques et environnementales adéquates et d’un maximum de sécurité et de prévisibilité juridiques, tant pour les citoyens que pour les opérateurs, ainsi qu’à s’assurer que les avantages potentiels en matière d’économie et de sécurité énergétique puissent être réalisés. Forte des travaux d’analyse qu’elle mène depuis la fin de 2011, la Commission a inclus dans son programme de travail pour 2013 l’élaboration d’un «cadre d’évaluation des questions liées à l’environnement, au climat et à l’énergie visant à permettre une extraction sûre et sécurisée des hydrocarbures non conventionnels»

Cette consultation par internet fait partie des mesures prises par la Commission européenne en vue de consulter toutes les parties concernées et le grand public sur ce sujet. Nous souhaitons connaître votre avis
sur un certain nombre de questions importantes. Les réponses à ce questionnaire vous prendront environ 10 à 15 minutes. Cette consultation et ses résultats ne préjugent en rien de la forme des décisions que la
Commission européenne pourrait prendre à ce sujet.

Délicieuse, cette dernière phrase de l’introduction à la consultation européenne concernant les hydrocarbures non conventionnels. Elle signifie que l’avis donné par le public ne doit pas être pris comme une prévision de la décision prise par ses représentants… »Cause toujours » en somme. Cela révèle assez bien la forfaiture des consultations publiques qui consistent à vérifier dans quelle mesure, le public nous laissera faire ce qu’on veut. En l’état, « ce qu’on veux » est lisible à la fin du premier paragraphe : « permettre une extraction sûre et sécurisée des hydrocarbures non conventionnels »
Il ne s’agit pas de discuter du bien fondé de l’extraction, celle-ci étant visiblement décidée.

Et les questions du sondage sont à la hauteur de mes attentes (notez que le  » * (obligatoire) écrit à côté de chaque proposition signifie que vous avez obligation de vous positionner vis-à-vis d’elle pour pouvoir aller plus loin. C’est déjà en soi une violation d’une règle de base d’une enquête digne de ce nom):

Indiquez pour chaque proposition le niveau de bénéfices que vous attendez de l’extraction des combustibles fossiles non conventionnels (par ex. le gaz de schiste)en Europe. Choisir entre:
  1)Un bénéfice majeur 2)Un bénéfice significatif 3)Un bénéfice modeste 4)Pas de bénéfice 5)Je ne sais pas

Cela pourrait contribuer à diversifier le bouquet énergétique* (obligatoire)
Cela permettrait d’éviter d’accroître la dépendance de l’Europe en matière d’importation d’énergie (par ex. les importations de pétrole et de gaz depuis des pays non européens)* (obligatoire)

Cela pourrait renforcer la position de négociation des opérateurs européens vis-à-vis des fournisseurs d’énergie extérieurs* (obligatoire)

Cela permettrait de réduire les coûts de l’énergie pour les consommateurs* (obligatoire)
Cela pourrait améliorer la compétitivité de l’industrie européenne* (obligatoire)
Cela pourrait attirer les investissements* (obligatoire)
Cela pourrait créer des emplois* (obligatoire)

Cela pourrait générer des revenus pour les autorités publiques (par ex. des impôts ou des recettes supplémentaires)* (obligatoire)

Cela pourrait susciter des innovations technologiques* (obligatoire)

Cela pourrait conduire à la substitution du charbon dans l’intérêt du climat* (obligatoire)
Cela pourrait contribuer à équilibrer le réseau électrique de l’UE* (obligatoire)

Voilà qui vous oblige à penser le, et à vous prononcer au sujet du, gaz de schiste en terme de bénéfice.Quant aux inconvénients, ce n’en sont pas…non, ce sont des défis! Auxquels « vous vous attendez » puisque bientôt ce sera « l’essor des combustibles fossiles non conventionnels » Lisez plutôt la 2e question de l’enquête :

Indiquez pour chaque proposition le niveau des défis auxquels vous vous attendez avec l’essor des combustibles fossiles non conventionnels (par ex. le gaz de schiste) en Europe. Choisir entre :

1)Un défi majeur 2)Un défi significatif 3)Un défi modeste 4)Pas de défi 5)Je ne sais pas

Cela pourrait entraîner de nouveaux problèmes liés à la quantité d’eau utilisée* (obligatoire)
Cela pourrait entraîner de nouveaux problèmes liés à la qualité de l’eau* (obligatoire)

Cela pourrait entraîner de nouveaux problèmes liés à la qualité de l’air* (obligatoire)

Cela pourrait entraîner de nouveaux problèmes liés aux sols* (obligatoire)

Cela pourrait entraîner de nouveaux problèmes liés à l’occupation des terres* (obligatoire)

Cela pourrait entraîner de nouveaux problèmes liés à la nature et à la biodiversité (par ex. pour les forêts, la végétation, la faune et la flore)* (obligatoire)

Cela pourrait entraîner de nouveaux problèmes liés à des perturbations pour la population (par ex. du bruit et une augmentation du trafic automobile)* (obligatoire)

Cela pourrait entraîner de nouveaux problèmes liés à l’activité sismique* (obligatoire)

Cela pourrait entraîner des risques géologiques à long terme (c’est-à-dire après la cessation des opérations)* (obligatoire)

Cela pourrait augmenter les risques pour le climat (par ex. les émissions de méthane)* (obligatoire)

Cela pourrait détourner d’autres options énergétiques (par ex. les sources d’énergie renouvelables et l’efficacité énergétique)* (obligatoire)

Cela pourrait entraîner des risques sanitaires et de sécurité pour les ouvriers des sites d’exploration et d’extraction* (obligatoire)

Cela pourrait être mauvais pour l’image locale, le tourisme et la valeur des biens immobiliers* (obligatoire)

Le manque de transparence et d’information publique (par ex. à propos des licences et permis prévus, à propos des opérations (par ex. les additifs chimiques utilisés) et de leurs bénéfices et risques potentiels)* (obligatoire)

L’inadéquation de la législation applicable à ces projets (par ex. l’insuffisance du niveau de protection de la santé humaine et de l’environnement)* (obligatoire)

L’absence de conditions de concurrence équitables au niveau européen pour les opérateurs en raison d’ approches nationales différentes* (obligatoire)

La capacité des autorités publiques à superviser un grand nombre d’installations* (obligatoire)
L’acceptation par le grand public* (obligatoire)

On ne vous demande pas si le problème vous parait gros, important ou même rédhibitoire, on vous demande d’évaluer si le travail nécessaire à accomplir pour le surmonter est grand. Vous venez donc de vous positionner, quelque soit votre réponse du côté des personnes qui considèrent qu’un travail doit être fait pour surmonter les obstacles.

Le titre de la page de ces 2 questions est d’ailleurs « Opportunité et défis »,  2 nominalisations qui, toutes deux, ont  un fort potentiel d’adhésion. (Vous êtes contre les opportunités vous? Vous êtes contre les défis? Lâches! ) L’opinion du poseur de question se voit.  Et quelles que soit les réponses à mes questions, on pourra s’en servir pour défendre cette opinion. Car, de plus, les échelles d’indicateurs sont déséquilibrées. On ne peut qu’exprimer adhésion ou neutralité. On ne peut, par exemple sur la première question, s’exprimer qu’en terme de bénéfice. Et si moi je considère que réduire encore le coût de l’énergie serait un maléfice??? J’ai, comme choix le plus fort, seulement « Pas de bénéfice ». Et si, j’éprouve du rejet?

Quel est selon vous le niveau d’importance des recommandations ci-dessous pour éviter ou minimiser les risques environnementaux, climatiques et sanitaires des combustibles fossiles non conventionnels (par ex. le gaz de schiste)?
1)Très important 2)Important 3)Assez important 4)Pas important du tout 5)Je ne sais pas

Procéder à une planification préalable (par ex. le nombre de puits prévu, l’espace entre les puits, la distance jusqu’aux zones résidentielles, les aquifères et les zones protégées)* (obligatoire)

Evaluer les risques liés aux formations souterraines (géologiques) avant de décider d’entreprendre un forage et une fracturation hydraulique* (obligatoire)

Définir les risques opérationnels avant, pendant et après les opérations, y compris par l’utilisation de modèles spécifiques* (obligatoire)

S’assurer que le puits est correctement construit et isolé et qu’il ne fuit pas* (obligatoire)

Contrôler la qualité de l’eau et de l’air et les aspects sismiques avant, pendant et après les opérations* (obligatoire)

Divulguer les données d’exploitation (par ex. les volumes d’eau utilisés, les additifs chimiques utilisés, les caractéristiques des déchets et les incidents)* (obligatoire)

Minimiser l’utilisation des fluides de fracturation et remplacer les produits dangereux par des solutions de substitution plus sûres* (obligatoire)

Minimiser l’utilisation d’eau* (obligatoire)

Gérer les fluides et les déchets de fracturation de manière appropriée* (obligatoire)

Contrôler les rejets dans l’air, en particulier les gaz à effet de serre comme le méthane* (obligatoire)

Limiter le bruit* (obligatoire)

Minimiser les besoins en matière de transports* (obligatoire)

Garantir des régimes de responsabilité clairs et solides, y compris pour la phase de post-fermeture* (obligatoire)

S’assurer que les opérateurs ou les détenteurs de permis disposent de la sécurité financière adéquate (par ex. pour couvrir les accidents potentiels ou les exigences pour la post-fermeture)* (obligatoire)

Prévoir l’inspection des puits et la surveillance des opérations sur une zone étendue* (obligatoire)

Prévoir une évaluation et une vérification indépendantes des projets* (obligatoire)

Garantir des réactions appropriées en cas d’urgence* (obligatoire)

Encore une fois, cette question suppose que l’on soit entré en matière en terme d’exploitation. Et je ne peux pas apporter mon adhésion, même implicite à ça. C’est encore une situation « Pile tu perds. Face, je gagne. » (Pour ceux et celles qui ont vu Propagando Manipulens, c’est ce que fait subir le hibou en début de spectacle, lors du choix de la pilule… On appelle cela un double lien. Guignol est enjoint de se prononcer sur la couleur de la pilule qu’il veut mais on ne lui pose pas la question « Est-ce que tu veux une pilule? »)

Quelles actions recommanderiez-vous au niveau de l’UE pour relever les défis et gérer les risques dont il est question?
1)Oui 2)Peut-être 3)Non 4)Je ne sais pas
Ne rien faire: le cadre actuel est approprié* (obligatoire)
Mettre en place des échanges d’informations et des conseils en matière de bonnes pratiques et encourager les approches volontaires adoptées par le secteur* (obligatoire)
Clarifier la législation européenne en vigueur au moyen de lignes directrices* (obligatoire)
Adapter certains textes de la législation européenne en vigueur* (obligatoire)
Élaborer une législation européenne complète et spécifique pour les combustibles fossiles non conventionnels (par ex. le gaz de schiste)* (obligatoire)

Question en double lien. En répondant, vous recommandez à l’UE de relevez les défis, donc d’exploiter.

Ensuite, on nous demande de nous prononcer sur le cadre législatif…Nul n’est censé ignorer la loi, mais, comme je le dis parfois, si c’était vraiment le cas, il n’y aurait pas des gens dont le boulot consiste justement à connaitre la loi…Donc… J’ai beau être plutôt bien informé et sensible à la thématique, je ne connais pas le cadre actuel. J’imagine que ce doit être le cas de beaucoup de personnes. Les réponses à cette question seront donc de l’ordre du grand n’importe quoi

Mention spéciale pour la dernière proposition car « Élaborer une législation européenne complète et spécifique pour les combustibles fossiles non conventionnels« , pour rassurant qu’elle paraisse, ne veut pas spécialement dire que cela soit protecteur… Par contre « Mettre en place des échanges d’informations et des conseils en matière de bonnes pratiques et encourager les approches volontaires adoptées par le secteur« , veut bien dire qu’on laisse faire aux industriels à peu près tout ce qu’il veulent.

Selon vous, quelles sont les informations les plus importantes à mettre à la disposition des citoyens sur les activités en matière de combustibles fossiles non conventionnels (par ex. le gaz de schiste)?

1)Très important 2)Important 3)Assez important 4)Pas important du tout 5)Je ne sais pas

Projets prévus (par ex. le nombre de puits et leur localisation)* (obligatoire)

Informations sur les opérateurs actifs dans le secteur des combustibles fossiles non conventionnels (par ex. le gaz de schiste), leurs licences et leurs permis* (obligatoire)

Lignes de base (par ex. données sur la qualité de l’eau et de l’air avant l’exploitation)* (obligatoire)

Données opérationnelles (par ex. les volumes d’eau et additifs chimiques utilisés)* (obligatoire)

Informations sur les incidents associés à l’exploration et à l’extraction des combustibles fossiles non conventionnels (par ex. le gaz de schiste)* (obligatoire)

Informations sur les risques potentiels associés à l’exploration et l’extraction des combustibles fossiles non conventionnels (par ex. le gaz de schiste)* (obligatoire)

Informations sur les bénéfices potentiels (par ex. l’emploi et les recettes fiscales)* (obligatoire)

Voilà un joli « Yes Set » … ou une tentative d’exploiter le fait que vous soyez sur votre lancée pour vous faire accepter un truc auquel vous diriez « non » s’il était isolé. Si, comme moi, vous êtes opposant à l’exploitation au gaz de schiste, vous aurez tendance à cocher massivement la première case pour évaluer les réponses à cette question… Clic, clic, clic, clic, clic…. Presque sans lire…(C’est une des dernières questions, on en a déjà lu pendant 10 minutes, voilà quoi…) Mais relisez la dernière réponse proposée… Surprise! Si vous êtes opposant, il ne faut plus cocher la première case mais l’avant dernière. Cela ressemble fort à une inversion d’échelle… Certains sondage passent ainsi soudainement sur une question du « classer de 1 à 5 par ordre d’importance croissante » à « Classer de 5 à 1 par ordre de priorité croissante ». Là, c’est une variante. L’échelle reste la même mais la teneur de la question est inversée quant à ses conséquences pratiques.

En considérant les 40 prochaines années, estimez-vous que le développement des combustibles fossiles non conventionnels (par ex. le gaz de schiste) répond aux objectifs de l’UE en matière d’économie à haut rendement énergétique et à faible intensité de carbone?* (obligatoire)

Oui, quelles que soient les conditions de ce développement
Oui, mais uniquement s’il est assorti de garanties sanitaires et environnementales appropriées

Oui, mais uniquement s’il est assorti de garanties sanitaires et environnementales appropriées et de politiques de réduction des émissions de gaz à effet de serre, d’amélioration de l’efficacité énergétique et d’augmentation de l’utilisation de sources d’énergie et de technologies à faible intensité de carbone (en particulier des sources d’énergie renouvelables)

Non

Je ne sais pas

Vous avez une vision prospective concernant le panorama énergétique mondiale, qui s’étend, de surcroit, sur les 40 prochaines années. Chapeau! La mienne s’émousse un peu au delà de 10-20 ans… (Voir Faim de pétrole de la SCOP Le Pavé)

Êtes-vous satisfait de cette enquête?

Non, définitivement, non. Cette enquête se situe au delà de mes préoccupations et court-circuite ma position. On me demande à quelles conditions pratiques l’exploitation pourrait se faire. J’aimerais plutôt expliquer pour quelles raisons je considère qu’elle ne doit pas se faire. Mais ça, c’est ce qui se produirait dans une VRAIE enquête. Celle-ci n’a pas vocation à enquêter mais à fabriquer des données qui vont dans le sens du poseur de question.

Alors, en début de questionnaire, il y avait bien cette question…

Laquelle des formulations suivantes reflète le mieux votre avis général sur les combustibles fossiles non conventionnels (par ex. le gaz de schiste)?* (obligatoire)

Je pense que les combustibles fossiles non conventionnels (par ex. le gaz de schiste) doivent être exploités en Europe de toute façon

Je pense que les combustibles fossiles non conventionnels (par ex. le gaz de schiste) doivent être exploités en Europe seulement si des garanties sanitaires et environnementales adéquates sont en place

Je pense que les combustibles fossiles non conventionnels (par ex. le gaz de schiste) ne doivent en aucun cas être exploités en Europe
Je n’ai pas d’avis pour le moment

Pourquoi ne pas proposer des questionnaires différents en fonction de la réponse à cette question? C’est tout à fait réalisable, très simplement alors pourquoi?

Pour terminer, voici une petite blague… Au coin d’une rue, un homme tombe sur  un autre en rentrant chez lui. Il a un comportement étrange. Il est tard, il fait nuit et l’homme est au pied d’un lampadaire, il regarde le sol en tout sens.La discussion s’engage :

« -Vous cherchez quelque chose monsieur?

-Oui, je cherche mes clefs.

-Ah, vous les avez perdu par ici…

-Pas du tout, je les ai perdu là bas, près de ma voiture, mais je regarde ici parce que c’est là qu’il y a de la lumière. »

Quelle rigolade les consultations de lampadaire…

Belle et heureuse année 2013

Carte de Voeux 2013-c

Ma Bonne Révolution pour 2013. Pour cette nouvelle année, j’ai décidé de publier ici quelques unes des info que je publie sur mon blog de bonnes nouvelles. La raison tient toute entière dans l’introduction à mon cours d’autodéfense intellectuelle…

En démarrant ce module, il est important que vous ayez conscience du risque que vous prenez.
Vous risquez de changer votre vision du monde.
Vous prenez le risque d’en découvrir une facette laide et  puissante. Mais hélas, aussi très diffuse.
Ainsi, vous prenez le risque de la voir chaque jour, presque partout. Surtout au début.
Cela risque de vous pousser à changer de croyances sur le monde.
La conséquence première sera que vos capacités vont changer.
Et qui dit changer de capacité dit changer de comportements.
En ce qui me concerne, ça a eu diverses répercussions.
J’ai beaucoup de difficulté à supporter le flux continu d’une télé.
Et j’ai de plus en plus de mal avec le cinéma grand public.
Le moindre embouteillage me parait un gâchis immense.
Aller au supermarché est une horreur.
Et, pour éviter d’être insupportable pour les gens qui m’entourent, je dois taire mon opinion très souvent.
Et je vous épargne les détails.
Par contre, j’ai gagné en patience. Bien obligé
Et puis je ne me sens plus révolté mais déterminé.
J’ai gagné en liberté de choix, en autonomie, en capacité d’argumentation.
J’ai gagné en convivialité, j’ai perdu des copains mais je me suis fait des amis.
J’ai aussi gagné des sous, faut dire… Avec lesquels je me suis acheté un vélo.
J’y ai gagné du temps. Que je passe à cultiver mon jardin ou les petites réveri-volutions.
Ce qui me nourrit copieusement puisque, si j’étais déjà un rêveur, je suis en plus végétarien.
Et enfin, même si c’est à une toute petite échelle, j’ai l’impression de changer le monde parce que je peux prendre sur moi de changer mon monde. Le seul sur lequel j’ai un impact à court terme.
Si je vous dis ça c’est pour 2 raisons.
– La première c’est que, si vous faites le choix de nous suivre dans le terrier du lapin blanc, il vous sera difficile de revenir en arrière. Les arbres ne poussent que dans un seul sens…
– La deuxième c’est pour que vous compreniez le conseil que je vais vous donner maintenant.
Apprenez à voir que le monde est beau. Qu’il va bien.
De mieux en mieux.
Chaque jour.
Sans quoi, vous risquez l’acidification et la rancœur.
Prenez le temps de vous recentrer sur la beauté du monde car elle est réelle.
Prenez le temps de découvrir chaque fois que c’est possible de bonnes nouvelles, au détour d’une page de votre journal préféré.
Pensez que, en France et en plein d’autres endroits, malgré ce qu’on en dit, la violence et l’insécurité n’ont jamais été aussi réduites. Et que ça réduit encore.
Il est important que vous vous rappeliez chaque jour que ce à quoi vous sensibilise ces cours, cette facette laide et puissante du monde n’est qu’une facette. Et qu’il y en a beaucoup d’autres. Qu’elle voudrait bien que vous ne voyiez pas.
Vous allez apprendre l’auto-défense intellectuelle afin d’éviter la propagande, la manipulation et autres tentatives de récupérer votre libre arbitre.
Mais, dans un jardin, virer les limaces n’a de sens que si on y cultive du beau ou du bon.
Alors ne vous trompez pas de finalité.
Si vous sortez de ce cours en pensant que le monde est moche et vil alors j’aurai raté quelque chose.
Par contre, si vous vous considérez comme outillés pour passer d’un monde déjà bien à un monde encore mieux et que vous êtes déterminé à faire la transition alors là, on aura tous gagné quelque chose.
Bon cours…

Et si vous faite le nécessaire pour voir le beau du monde dans votre quotidien alors, bonne année.

Assurément.

Et pour commencer, voici un hommage à Holî, le festival des couleurs, la fête hindoue de l’équinoxe de printemps.

L’élection américaine n’est pas serrée. Sauf pour la presse et les sondages traditionnels.

Aux Etats-Unis, pour les commentateurs intelligents de la campagne, c’est plié : Obama va gagner.

Statistiquement : le statisticien révolutionnaire du New York Times Nate Silver ne donne plus que moins de 15% de chance à Romney, et son modèle ne lui a jamais accordé plus de 41% de chances d’être réélu. Et contrairement au titre stupide du Monde, c’est l’inverse d’un gourou, on ne doit pas le croire sur parole mais être convaincu ou non par ses arguments exposés rationnellement.
Politiquement, même des républicains appellent déjà à reconstruire le parti après la défaite de Romney.

L’apport de Silver aura été déterminant et dégrisant. Les préférences des électeurs, saisies de manière rationnelle et dans une moyenne entre sondages contradictoires qui limite les biais de chaque institut, se révèlent plus stables et moins sujettes aux réactions qui nourrissent traditionnellement le commentaire politique journalier : suspens, retournements suite à une perfomance, méthode coué, énormités mathématiques. Trop ignoré en France, où les sondages sont d’une nullité continue et connue (Je peux vous expliquer pourquoi en long en large et en travers, c’est l’objet d’un petit atelier du cour d’autodéfense intellectuelle…), ce nouveau modèle statistique qui domine le débat politique américain provoque la colère des commentateurs politiques traditionnels. Pas étonnant : il les prive pour toujours de leurs fables psychologisantes et « scénaristiques » classiques, faites « retournement surprise possible » et de course-serrées-dans-les-derniers-jours. Et ce modèle appelle les citoyens qui souhaitent s’informer à un usage public de leur raison contre les gourous et experts professionnels du bla-bla politique partisan et mythologique.

La situation est simple : soit Obama a déjà gagné, soit la totalité des chiffres et faits empiriques disponibles à ce stade sont faux. Ce qui est possible certes, sans être la situation la plus probable historiquement et statistiquement. Etant donné l’information fiable existante aujourd’hui, Obama va passer sans problème la barre des 270 grands électeurs et être réélu mardi.

Mensonge de sondage, mensonde de sondeur…

Je suis tombé aujourd’hui sur un article du 14 septembre dernier, publié dans le Nouvel Obs et repris sur le site de l’IPSOS.  Brice Teinturier, Directeur Générale Délégué IPSOS France y fustige les « vocifereurs de petits calculs » que sont les critiques des sondages. Et à la manière d’un argumentaire point par point, il reprend 4 arguments que les hérétiques avancent.

En voici 2 (2, sur les 4 ennoncé car je suis un brin fainéant, il est tard, j’ai pas envie de démonter les 2 autres, qui le seraient aussi mais avec un peu plus encore de recherches…). La première :

« Les sondages primaires ne marchent pas. La preuve, ils se sont totalement trompés sur la primaire des verts » : L’affirmation laisse pantois : absolument aucun sondage n’a été réalisé lors de la primaire des Verts par un quelconque institut de sondages, puisque cette primaire était réservée à des adhérents et que personne n’avait accès à leur fichier !

Etes-vous comme moi pantois devant l’affirmation disant qu’on devrait être pantois? Il n’y aurait eu AUCUN sondage par AUCUN institut en amont des primaires EELV? AUCUN????????? Moi, je ne souviens pas du tout de ça… JE me souviens au contraire de la surprise qu’ a constituer Eva Joly, justement en raison des sondages qui disaient que Hulot gagnerait.

Mais dans le doute, j’ai un peu cherché. Et des sondages, j’en ai trouvé… Plein… Et même des sondages qui viennent de…IPSOS! Brice Teinturier ment donc effrontément. (CF, ci dessous, l’extrait du manuel Anti-sondage de Garrigou et Brousse, Edition La Ville Brûle. La ligne du haut donne le pourcentage de favorables dans la population générale, celle du dessous chez les sympathisant, autodéclarés, EELV)

La deuxième :

« Les échantillons sont trop petits ». Objection retenue ! En partant d’un échantillon de 4.000 Français, Ipsos a pu travailler sur un peu plus de 400 personnes (et non 200, comme certains le prétendent) déclarant être absolument certaines d’aller voter. C’est déjà beaucoup et beaucoup plus que tout ce qui avait été fait mais les marges d’erreur continuent de s’appliquer et il faut le rappeler.

Brice Teinturier pourrait aussi nous rappeler que la Statistique, la science dont se réclame les sondage veut qu’en dessous d’une certaine taille de l’échantillon, ses lois ne peuvent s’appliquer ou alors de manière fallacieuse… Feriez vous des poucentage avec des echantillons de 25 ou 60 personnes? (Les marques de cosmétique le font quand elles parlent de leurs résultats visibles en moins de 2 semaines…). En ce qui concerne les sondages, on considère qu’en dessous de 1000 personnes prises aléatoirement, l’échantillon est trop petit pour être analysé scientifiquement par les lois de la Statistique. Alors Brice Teinturier, votre sondage était-il faux ou alors n’était-il pas fait selon des méthodes scientifiques? Il va falloir choisir…

Moi, entre vociféreur de petit calcul et menteur à grand écho médiatique, j’ai choisi mon étiquette…

[Le 12 Avril à 19h45, cours sur les Sondages assuré par moi-même au Centre Technique Municipal de Bonneville… ]