Activia et Actimel, parfaits pour bourrer les cochons!

Ce week-end des personnes m’ont demandé des précisions concernant « le produit laitier phare de votre trousse à pharmacie ». Je fais donc remonter cet article dont la première publication remonte au 12 décembre 2011. N’hésitez pas à partagez le lien de l’article ou du blog…

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Enfin,enfin, enfin, ça y est !

Le yaourt phare de Danone se fait enfin taper dessus de manière un peu sérieuse.

Il avait, c’est vrai déjà subit un revers il y a quelques années.

Rappelez-vous, ça s’appelait BIO de Danone. Et ça ressemblait à ça:

Du vert, un soleil, bio écrit dessus en gros… Le message est intensément perceptible…

Sauf que ce n’était pas du tout issu de l’agriculture bio! Ce que des consommateurs ronchons ont quand même relevé.

Alors, il s’est passé ça.

On a changé 1 mot. Rien ne change de l’intérieur et ça se voit de l’extérieur.

Et comme ça marchait quand même très bien, Danone a aussi sorti Actimel. Et d’autres lui ont emboîté le pas. Activia, Actimel, ce sont 10% du chiffre d’affaire de Danone en Europe…

A prendre tous les matins, voire pendant vos pauses, comme en-cas. Et pourquoi donc? Parce que ça a bon goût? Que nenni! Les autres aussi peuvent avoir bon goût. Celui-ci,« ce qu’il fait à l’intérieur se voit de l’extérieur. »

http://www.youtube.com/watch?v=UbgJa9b5v7A

Voir la vidéo de 1994 sur le site de l’INA avec le fameux sloggan…

« ce qu’il fait à l’intérieur  se voit de l’extérieur. » Quel sloggan superbe! Plus imprécis et non spécifique, c’est quasiment impossible…

« Ce qu’il fait » Il fait quoi exactement?

« A l’intérieur » , » A l’extérieur » Où ça précisément?

Et qu’est ce qui « se voit »?

Toutes les réponses à ces questions nous sont données implicitement. Le mannequin de la pub de 94, diffusée lors du lancement suggérait que le produit avait un impacte sur la silhouette. (Et que dire des joues gonflées de la dame qui parle de la buche de belle-maman dont elle a été sauvée par 14 jours de yaourt.) Et les schémas de ventres, vus dans toutes les pub suivantes laissaient penser que l’action se faisait à ce niveau . Pour Actimel et consort c’était même encore plus précis puisque l’action était présentée sous forme de petites briques tapissant plus densément le tube digestif….

Et bien maintenant on sait ce que ça fait.

Le mérite en revient à Didier Raoult (professeur de microbiologie et spécialiste des maladies infectieuses.) qui avait tiré la sonnette d’alarme dans la revue scientifique « Nature » de septembre 2009 : Les probiotique, depuis longtemps, servent à bourrer les porcelets d’élevage industriel. Ce sont des activateurs de croissance qui peuvent, à temps d’élevage égaux, donner des porcs 10% plus pesants. Efficace.(Voir, pour quelques données brutes, la page 543 de ce document. On y apprend que nourrir la mère a un effet sur les porcelets… Il y a bien un effet « santé » puisque la mortalité passe de 32,2% à 11,2%. « Mais » au sevrage les porcelets font 7,3 kg au lien de 6,4… Tout benef’… Si on souhaite faire de l’élevage de masse.)

Et ce sont ces probiotiques qu’on nous vend par pot de 1 milliard.

« agit à l’intérieur et ça se voit de l’extérieur. » ça veut dire active la production de graisse. L’exacte opposé de ce que disent implicitement les publicités. Ainsi, en début d’année, des chercheurs ont comparé les flores intestinales d’obèses et de non-obèses. Et là… Oh! Surprise! Les premiers étaient bourrés de probiotiques, ceux qu’on trouve justement dans les yaourts « Inside Job ».

Du coup, Danone se trouve dans l’obligation de retirer toute allégation « Santé »de sa comm’ (Traduire «va continuer à adapter son niveau de communication » si vous êtes du Figaro)

La multinationale de l’alimentation aura quand même eu 20 ans pour faire son beurre en engraissant le chaland. Bon appétit.

[En cherchant des infos sur cette affaire, je suis tombé sur un article de HEALTH & FOOD, n°77 Mai/Juin 2006 (Revue « destinée au corps médical »et dont le rédac chef est un docteur (docteur en quoi?)… ) au sujet de « la 4e Convention Internationale sur les probiotiques » . Il semble qu’on y ai fait l’éloge des probiotiques… Je vous laisse regarder, à la toute fin de la page, qui organisait ces conventions… Mention spéciale pour le tout dernier paragraphe qui nous amène à penser que les probiotiques pourraient faire maigrir en relatant une expérience qui relate l’exacte opposé : Comparer des souris ayant un flore intestinale  (Et qui mangent moins, messieurs dames!) avec d’autres qui n’en ont pas (Qui mangent plus! Aha!). Et de terminer l’article avec « Si on est encore bien loin du probiotique qui fait maigrir, il n’est désormais pas impensable que des modulations de la flore intestinale puisse exercer un effet sur le poids. »   Alors que les souris sans flore mangent plus mais grossissent moins que les autres. Oui, il y a un effet. La flore fait prendre du poids! Ce n’est pas maigrir qu’il aurait fallut faire comme projection mais bel et bien « grossir« . ça aurait fait tâche dans ce joli papier… Et si on va encore un peu plus loin… Le n°78 de la revue parle encore de probiotiques via les prébiotiques. Le 79 parle de la santé des intestins, évidemment secouru par les probiotiques. Le 80 n’a pas moins de 3 articles avec le mot probiotique dans leur titres. C’est qui qui s’est acheté un journal…? Les producteurs d’alicaments ? D’ailleurs, j’aimerais bien voir qui y fait de la publicité… ]

Le bio, local, végétarien, mieux vaut tarte que jamais.

Le contrôle du peuple passe par « Panem et Circenses », du pain et des jeux, depuis les Romains qui avaient déjà compris l’essentiel. Si on ne s’ennuie pas, on n’a pas le temps de réfléchir d’une part. Et si on a le ventre plein, on a moins d’énergie, biologiquement pour réfléchir. Sans compter que c’est aussi bien confortable. Remettre en cause ce qui produit du confort n’étant pas très…confortable…

Je m’attache habituellement à parler des diversions diverses ainsi que des faits que la diversion est censée dissimuler.

Aujourd’hui, parlons peu, parlons pain. Parce que s’il n’y avait pas le hard-discount, ça ferait longtemps que ça aurait rué dans les brancards!

Voici donc un extrait du livre « Le sol, la terre et les champs » de Claude Bourguignon, microbiologiste des sols.Il y présente la liste des produits chimiques utilisés pour la fabrication d’une tarte aux cerises de supermarché, depuis le champ de blé jusqu’à l’usine agroalimentaire.

Vous allez voir le sens que les expressions « qualité Carefrour » ou « Qualité garantie par Lild »  ont. Une qualité « garanti » ne signifie pas qu’elle est haute…loin de là.

Go vegan, go bio et tout de suite si j’étais vous… (Parce que moi, c’est déjà fait! Na! ^_^)

La « Recette de la tarte aux cerises »
La recette de la tarte au cerises (agro-industrielle)

Histoire de la Pâte
Pour obtenir la farine, les grains de blé ont été enrobés d’un fongicide avant semis. Pendant sa culture, le blé a reçu de 2 à 6 traitements de pesticides selon les années, 1 traitement aux hormones pour raccourcir les tiges afin d’éviter la verse et 1 dose importante d’engrais: 240 kg d’azote, 100 kg de phosphore et 100 kg de potassium à l’hectare, tout de même !
Le blé moissonné, dans le silo, après récolte, les grains sont fumigés au tétrachlorure de carbone et au bisulfide de carbone, puis arrosés au chlopyriphosméthyl. Pour la mouture, la farine reçoit du chlorure de nitrosyl, puis de l’acide ascorbique, de la farine de fève, du gluten et de l’amylase.
Ensuite, il faut faire lever la pâte. La poudre levante est traitée au silicate de calcium et l’amidon est blanchi au permanganate de potassium. Pas de pâte sans corps gras. Ceux-ci reçoivent un antioxydant (pour éviter le rancissement) comme l’hydroxytoluène de butyl et un émulsifiant type lécithine.

Histoire de la Crème
La crème sur laquelle vont reposer les cerises se fait avec des oeufs, du lait, et même de l’huile.
* Les oeufs proviennent d’un élevage industriel où les poules sont nourries avec des granulés contenant des :
– antioxydants (E300 à E311),
– arômes,
– émulsifiants: alginate de calcium,
– conservateurs : acide formique,
– colorants : capsanthéine,
– agents liants: lignosulfate
– et enfin des appétants : glutamate de sodium, pour qu’elles puissent avaler tout ça.
Elles reçoivent aussi des antibiotiques, bien entendu, et surtout des anticoccidiens. Les oeufs, avant séchage, reçoivent des émulsifiants, des agents actifs de surface comme l’acide cholique et une enzyme pour retirer le sucre du blanc.
* Le lait provient d’un élevage industriel où les vaches reçoivent une alimentation riche en
produits chimiques :
– antibiotiques : flavophospholipol (F712) ou monensin-sodium (F714)
– antioxydants : ascorbate de sodium (F301), alphatocophérol de synthèse (F307), buthyl-hydrox-toluène (F321) ou éthoxyquine (E324),
– émulsifiants : alginate de propylène-glycol (F405) ou polyéthylène glycol (F496),
– conservateurs : acide acétique, acide tartrique (E334), acide propionique (F280) et ses dérivés (F281 à E284),
– composés azotés chimiques : urée (F801) ou diurédo-isobutane (F803),
– agents liants : stéarate de sodium,
– colorants : F131 ou F142
– et enfin des appétants pour que les vaches puissent manger tout ça, comme le
glutamate de sodium.
* Les huiles, quant à elles, ont été :
– extraites par des solvants comme l’acétone,
– puis raffinées par action de l’acide sulfurique,
– puis lavageà chaud,
– neutralisées à la lessive de soude,
– décolorées au bioxyde de chlore ou au bichromate de potassium
– et désodorisées à 160°C avec du chlorure de zinc.
– Enfin, elles ont été recolorées à la curcumine.
La crème de la tarte, une fois fabriquée, reçoit des arômes et des stabilisants comme l’acide alginique (E400).

Histoire des Cerises
(complété d’apres des elements de « Aromatherapie » Jean Valnet 1990, Maloine)
Les cerisiers ont reçu pendant la saison entre 10 et 40 traitements de pesticides selon les années.
* Les cerises sont :
– décolorées à l’anhydride sulfureux
– et recolorées de façon uniforme à l’acide carminique ou à l’érythrosine.
– Elles sont plongées dans une saumure contenant du sulfate d’aluminium
– et à la sortie, reçoivent un conservateur comme le sorbate de potassium (E202).
Elles sont enfin enduites d’un sucre qui provient de betteraves qui, comme les blés, ont reçu leur bonne dose d’engrais et de pesticides. Ce sucre est extrait par :
– défécation à la chaux et à l’anhydride sulfureux,
– puis décoloré au sulfoxylate de sodium,
– puis raffiné au norite et à l’alcool isopropylique.
– Il est enfin azuré au bleu anthraquinonique.
Par ces traitements, les cerises ayant donc perdu tout leur goût, il est necessaire d’ajouter un parfum artificiel alimentaire. Ce parfum est une recréation synthetique du goût et de l’odeur à partir d’éléments artificiels issus de la chimie du pétrole aux prix de revient extrêmement faibles- par économie d’echelle – en comparaison du parfum naturel de fruit. L’exemple developpé est ici la cerise, mais de tels composés servent à recréer aussi bien des parfums artificiels de fraise, d’ananas, de framboise, de miel, de caramel, de muguet..
etc.
* Le parfum artificel de cerise se compose donc des molécules synthetiques (donc à la
stéréochimie inversée) suivantes :
– acétate d’ethyle
– acéthyl méthylcarbinol
– butyrate d’isoamyle
– caproate d’ethyle
– caprylate d’isoamyle
– caprate d’ethyle
– butyrate de terpenyle
– geraniol
– butyrate de geranyl – acetylacetate d’ethyle
– heptanoate d’ethyle
– aldéhyde benzoique
– aldéhyde p-toluique
– vanilline
– essence artificielle d’amande amère SAP
– essence artificielle de girofle Bourbon
– essence artificielle de cannelle Ceylan
– essence de lie de vin .

Ce texte, consacré à « la tarte aux cerises de supermarché » a été rédigé par Claude Bourguignon, un ingénieur  agronome qui travailla à l’INRA, avant de quitter l’honorable maison pour cause de désaccord.  Spécialiste de la microbiologie des sols, c’est lui qui démontra, pour la première fois, que les sols cultivés à grand renfort d’engrais chimiques et de pesticides, étaient biologiquement … morts.

Mise à jour.

Même si elles émanent souvent de personnes concernées,voici quelques expressions que j’aimerais bien voir repensées.

-Générations futures.

Ex : « Notre mode de vie compromet l’existence des générations futures. »

Problème :  Cette expression remet le problème à plus tard. Impalpables, hypothétiques, peut-être même pas encore nées, les générations futures, ce sont lesquelles? Parce que, moi, j’en entends parler depuis que je suis né (1983…).En tenant compte du fait que le pic du pétrole a eu lieu en 2006. Cela nous laisse jusqu’en 2030 environ, selon les prévisions du Club de Rome avant un effondrement économique. 20 ans. Et dans le cas d’une exploitation des gaz des schistes en plus du pétrole jusqu’à la dernière goutte, on peut imaginer que dans une quarantaine d’années, le climat à latitude égale, nous sera franchement défavorable.

De fait les « générations futures », ça commence déjà par la mienne.  (Et ceux qui n’ont rien fait et à qui ont pourra peut-être demander quelques comptes, ont actuellement entre 40 et 70 ans … )

Solutions : remplacer « générations futures » par « générations présentes »

– Alternatif.

Ex : « Les sites d’information alternatifs. » / « Modes de vie alternatif. »

Problèmes : L’adjectif  « alternatif » ne met pas les choses à leurs bonnes places les unes par rapport aux autres. Par exemple, si je ne m’informe que par des media alternatifs, suis-je autant désinformés que si je consulte les media des puissances industrielles? Je n’espère pas. Media et media alternatifs dont 2 choses très différentes… Et c’est un peu trop d’honneur que de laisser aux premiers le mot seul et sans adjectif accolé…

De même, la vie est-elle la même lorsque son mode est alternatif? Par vraiment. ça, c’est l’enjeu du développement durable. Essayer d’être plus écolo sans changer à son mode de vie. Et par ailleurs, puisque c’est une question de survie à court terme (20-30 ans!), ce qu’on appelle « alternatif » est il vraiment une alternative? au sens choix?

A titre perso, je ne pense pas être alternatif. Je pense être sur la voie d’une solution. Pas d’une alternative.

Solutions : Supprimer le mot alternatif. Et, par contre, intégrer les mots archaîque/arriéré/fossile/primitif/maldeveloppés (en référence à la malnutrition, qui n’est pas la sous nutrition.), pour qualifier les media et modes de vie qui sont encore majoritaires (mais plus pour longtemps).

Annonce!

Aller, je vais vous proposer un petit scoop, ouaip, comme les vedettes de music-hall, dans les gazettes de salle d’attente.

« Propagando », le spectacle, sera disponible cet automne.

Et son sous-titre sera : « Comment décider Guignol à empailler les Renards? »

Sur un ton décalé mais rigoureux, il y sera question de publicité, de tabac, de télévision, de piano, de Bernays, de grenouille et de boules de neige… Entre autres…

La date de la première n’est pas encore exactement définie mais ce sera dans un lieu ami, soit sur Genève, soit aux environs de Bonneville. D’une durée d’une heure, il se trouvera dans un genre proche de la conférence mais enrichie de marionnettes et émaillée de fables… Si vous avez le goût du risque, vous pouvez d’ors et déjà me contacter pour que je vous tienne au courant des premières représentations.

« Propagando ou Comment décider Guignol à empailler les Renards » se voudra alors ensuite en tournée. Alors si vous avez une salle près de chez vous qui aurait une disponibilité lors de l’hiver, du printemps ou de l’été prochain, n’hésitez pas à la contacter et envoyez moi un mail à phloem-sev[at]live.fr

Je me réjouis d’avance 🙂

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Questions de priorités…

« La dette et déficit public, priorité des Français selon un sondage. »c’est ainsi que commence un article du Monde, auquel j’aimerais mettre un bémol…

Pourrait-on avoir accès au sondage complet ?

Parce que, si le nom de l’institut,l’IFOP, et les précisions sur la technique sont bien apportées

Le sondage a été réalisé par Internet du 25 au 27 octobre auprès d’un échantillon de 1 006 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus, selon la méthode des quotas.

(et on peut d’ailleurs questionner le mode de réalisation du sondage par Internet…), une chose me met la puce à l’oreille :

A la question « quel est le problème qui vous paraît le plus important aujourd’hui pour la France ? », 33 % des personnes interrogées citent la dette et les déficits publics, 23 % mentionnent le pouvoir d’achat, 23 % l’emploi et 8 % l’emploi des jeunes.

Il s’agit du quel sans majuscule…La question serait-elle la fin d’une phrase dont il manquerait le début ? Un début du style, « Sachant que la dette et les déficits publics sont susceptibles de nous entraîner vers une catastrophe mondiale, quel est le problème qui vous paraît le plus important aujourd’hui pour la France ?« . J’exagère peut-être un peu… mais pas tant que ça.

Plus subtil, faire précéder la question d’une ou plusieurs autres qui pourraient être, pêle-mêle:

-« Acceptez-vous de répondre à un sondage sur la dette et les déficits publics ? »

-« Connaissez-vous le montant de la dette publique française? »

-« Pensez-vous que les déficits publics doivent être financés par la chine? »

N’importe quelle question sur la dette aurait, en fait, pour effet d’augmenter l’importance de la place prise par elle dans l’esprit de la personne questionnée, immédiatement après…

D’ailleurs, l’utilisation du mot « problème » est déjà en soi questionnable, puisqu’il pose un jugement de valeur sur les items qui suivent…

Donc, je le redemande : Pourrais-t-on avoir accès au texte complet du sondage?

Et pas seulement des informations qui donnent une illusion de précision. 1001, 1004 ou 1006, sondés, jamais pile-poil 1000…Parce que 1000, ça fait « à la louche ». Certes. La taille de l’échantillon, le nom de l’institut, la date, tout ça compte mais ce ne sont pas les seules données importantes pour juger de la justesse d’un sondage…

 

Ateliers d’autodéfense intellectuelle.

Au passage, j’ai mis à jour les autres pages du blog. Et notamment la page « Ateliers » qui présente les ateliers de formation à l’autodéfense intellectuelle. Il s’organisent autour de 3 axes : Les mots, les chiffres et les images… Je vous laisse regarder et vous renseigner si besoin.

SOS Education…Vraiment???

[ADDENDUM ! La page  a été modifiée le 6 au matin! Seule la vidéo est disponible en page d’accueil, plus trace du texte de la pétition ici . En contrepartie, en page 2, on peut télécharger (pas consulter directement…) et signer le texte de la pétition. Mais texte-pétition et vidéo ont été disjoints. Rien ne permet de passer de la page 1  à la page 2. La pétition devient moins accessible mais si on y arrive on peut désormais signer la pétition sans avoir accès à la vidéo. Qui était de loin la plus éclairante du vrai sens de l’initiative. Il semble qu’on ait voulu décrocher la vidéo-boule puante du texte édulcoré.]

Cette page (http://www.soseducation.com/greve27septembre/) me semble un excellent exercice d’esprit critique face à une source d’information.

La page est titrée « Grève du 27 Septembre ». Le chapeau de page est une image de tête de cortège de manifestation. A titre personnel, je me suis dit « Tiens! Une informations des grévistes sur les raisons de la grêve. »
Cela m’a incité à lire.
La pétition est rédigée de manière à ce qu’on ne puisse pas être contre ce qu’elle met en exergue en gras. Qui pourrait être contre l’idée que les enfants doivent sortir de l’école en sachant lire…? A première lecture en diagonale, j’ai pensé la signer.
Cette pétition met en avant un texte qui ne parle quasiment que de ses intentions, peu des moyens auxquels on souscrit.
Or les intention d’une action me paraissent toujours, d’un certain point de vue, positivables… Les bonnes intentions, l’Enfer en est pavé, parait-il 🙂

L’association qui a créé le site nous donne beaucoup d’informations très précises à son sujet. En pied de 2e page. Pour y accéder, il faut déjà avoir cliqué sur « Je signe » (Le 2e acte d’engagement déjà! Le premier consistant à lire la pétition en entier volontairement…). Mais ces informations, sous couvert d’une extrême précision, nous cachent leur…inutilité. Quel est l’intérêt  pour des personnes comme vous et moi d’avoir un numéro de SIRET ou de déclaration à la CNIL?  Par contre, comme moyen de joindre l’association, seulement des moyens différés ou fortement engageants (mail, téléphone ou courrier.) Cela a pour effet général de réduire la probabilité des tentatives de traçage de l’auteur. Alors que l’organisme à bel et bien un site internet. Pourquoi n’est-il pas disponible?  Là ça commence à sentir très mauvais pour la pétition…

Et quand on regarde la vidéo, c’est le bouquet…

Les 60 premières secondes (couramment celles qu’on regarde avant de zapper…Surtout si la vidéo s’annonce longue (pas de barre de temps à son pied) Elle fait 12-13 minutes lorsqu’on la regarde sur Viméo.)), sont complètement non spécifiques et s’adressent ainsi autant à des gens de gauches que des gens de droite, dès lors qu’ils sont préoccupés par l’état de l’école. Les secondes suivantes sont ensuite relativement confusionnantes, quand, au regard de tout ce qui précède, on s’attend, à une explication  en provenance des grévistes…

Et puis, pêle-mèle :

Appel à la peur : « Si vous êtes angoissés pour vos enfants, vous avez raison. »)

-Origine des chiffres perdue la plupart du temps : Les sources citées sont invérifiables. Pas de bibliographie, ni de webographie.  Alors que les sources semblent relativement pointues donc facilement publiables, surtout sur un site web. Les page 26 et 27 de « l’Etat de l’école », seule source donnée, ne parlent pas des nombres de fonctionnaires évoqués vers 2 min45 et 4min.  Erratum du 6 octobre ! J’ai confondu les pages 26-27 du pdf du rapport avec les pages 26-27 du rapport (qui figure en page 28et 29 du pdf. Les nombres de fonctionnaires cités sont bien ceux figurant au rapport (Au passage, on y lit que le nombre d’administratifs est bien de 126 915 en 2010. Et qu’il était de 249 762 en 2000… Lorsque SOS Education propose de réduire de moitié, elle occulte que c’est déjà ce qui vient d’être fait.) Mais « L’Etat de l’école » est une production du Ministère de l’Education Nationale qui, au vu de certains graphique, doit aussi être lu de manière avertie…

-Utilisation d’argument d’autorité : En citant l’INSEE, la Cours des Comptes, l’Education Nationale sans plus de précision.

-Calcul simpliste voire biaisé : La moyenne de 14 élèves… Je veux bien croire qu’il y a des problèmes de gestion mais d’ici à observer une telle différence entre le vécu et le calculé, c’est sans doute qu’il y a un problème quelque part ailleurs… La moyenne est une mesure de tendance centrale. Elle est facile à calculer mais elle est très sensible aux extrêmes… Or, sans plus de précisions, dans les 12 millions d’enseignants on peut imaginer que sont sans doute comptés les personnels en disponibilité (0 élève.Mais pas de salaire.), en détachement (sur des missions de formations des enseignants), en décharge syndicale (assurément même…) mais aussi les enseignants spécialisés (En CLIS, on a 6-8 élèves maximum !), les personnels de direction (Directeur d’établissement et son adjoint… ce sont des enseignants. 0 élèves.), les CPE. Cela représentera facilement  un bon tiers des enseignants. Refaites le calcul en tenant compte de cela…Vous tomberez sur 20-21 élèves. Beaucoup moins révoltant déjà… Mais attention, c’est une approximation! Je n’ai pas de source. Il s’agit d’un calcul grossier, seulement indicateur de tendance. Au passage, dans le chiffre des 126 915 fonctionnaires non-enseignants, est-ce que sont comptés les personnels de direction et les CPE ? Non parce comme ils n’enseignent pas…

-Décrédibilisation anticipée de la critique (« Aucun expert sérieux ne peut le contester. » D’ailleurs qu’est-ce qu’un expert sérieux ? Comme je ne suis pas un expert du tout, je peux alors le contester ? 🙂  )

-Culpabilisation (« C’est aussi parce que nous avons laissé faire. »)
Et j’en passe…

Donc sur la forme, seulement la forme, ce document me semble un élément de propagande très bien préparé et possiblement très trompeur.
Et pour aller un peu plus loin, je trouve un peu culotté de la part de l’asso de dire que l’initiative est apolitique et de produire une pétition à destination du ministre de l’Education, du premier ministre, du Président et du Parlement. Apartisane, à la limite, ce serait affirmable…

Mais apartisane ou même « indépendante » comme énoncé…et bien…non plus, ça ne l’est pas… La page d’accueil de l’association présente le soutien de 144 députés. Loin d’être de tous les bords, il sont quasiment tous de l’ UMP.(Je dis quasiment car je n’ai pas vérifié pour tous…) Leur appartenance ne figure évidemment pas sur le trombinoscope. Ce qu’une association apartisane ferait sans doute apparaître clairement. Celle-ci est clairement de droite. Et pas qu’un peu (Vanneste, Panafieu…).

Et pour finir, le plus étonnant.

Il est fait référence, dans la vidéo, vers 7 minutes,  au fait qu’au début des années 90, la France se classait correctement dans les évaluations de l’OCDE. Mais que, à partir de 1995, il y a une régression.

Or, information non notifiée, en 1995, c’est l’arrivée de la droite au pouvoir

Alors quelle conclusions tirer de tout ça ?

En ce qui me concerne, je trouve qu’il y a, au minimum, dans cette initiative une forme de malhonnêteté. Car il y a double discours autant sur la forme que dans le fond.

Elle présente comme une demande de changement et de révolution, une pétition qui va juste demander aux actuels dirigeants de continuer exactement comme ça, voire d’accentuer leur politique actuelle… (Quand le libéralisme échoue, il répond par « Il faut plus de libéralisme.»…Revoir « La stratégie du choc« … )

En tout cas, c’est de la propagande très réussie, riche en ingrédients savoureux et tout à fait convaincante de prime abord. Et en plus, pas simple et chronophage à décortiquer. Très réussie. Pas étonnant qu’elle fonctionne bien cette pétition !

Maintenant, je vais aller prendre un peu le soleil.

Belle journée à vous !

Mes sources :

-La vidéo originale, dans laquelle on peut naviguer et faire des retours arrière… : http://vimeo.com/28923541

-La 2e page du site de la pétition : http://www.soseducation.com/greve27septembre/petition.php

-L’Etat de l’école : http://media.education.gouv.fr/file/etat20/87/0/l_etat_de_l_ecole_2010_160870.pdf

-Les soutiens à SOS éducation : http://www.soseducation.com/signataires_mesures.php

-La page d’accueil de SOS Education : http://www.soseducation.com/

-La stratégie du choc. : http://propag.wordpress.com/2011/10/03/la-strategie-du-choc/

-La définition d’un argument d’autorité : http://fr.wikipedia.org/wiki/Argument_d%27autorit%C3%A9

-La définition de l’appel à la peur : http://fr.wikipedia.org/wiki/Appel_%C3%A0_la_peur

-La définition de l’apolitisme: http://fr.wikipedia.org/wiki/Apolitisme

Ajout du 6 octobre : Un article très intéressants qui permet d’aller plus loin sur le fond de SOS Education : http://www.liberation.fr/societe/0101469635-sos-education-attention-danger

Et le journal Libération n’en est pas à son premier accrochage avec ce groupe qui semblait déjà tenir un double discours en 2006 : http://www.liberation.fr/societe/010170391-droit-de-reponse-l-association-sos-education

http://www.liberation.fr/societe/010165516-sos-education-en-croisade-pour-le-retour-a-l-ecole-d-antan